Missak Manouchian entrera au Panthéon en 2024

Un communiqué de la Présidence de la République publié le 18 juin 2023 annonce l’entrée au Panthéon de Missak Manouchian ; nous avons choisi de mettre en gras des passages les plus forts de la fin de ce communiqué :

« […] le Président de la République a décidé de l’entrée au Panthéon de Missak Manouchian. Missak Manouchian choisit deux fois la France, par sa volonté de jeune homme arménien épris de Baudelaire et de Victor Hugo, puis par son sang versé pour notre pays. Il figure, dans notre mémoire, comme l’un de ceux visés par l’ «Affiche Rouge », qui désignait à la vindicte dix des membres du groupe qu’il dirigeait, Francs-tireurs et partisans – Main d’œuvre immigrée (FTP-MOI),  étrangers, juifs, communistes, et pour cela exécrés par le régime de Vichy. Le 18 février dernier, le Président de la République avait déjà réparé l’injustice commise envers Szlama Grzywacz, seul membre de l’ « Affiche Rouge » à ne pas avoir été déclaré mort pour la France.

Missak Manouchian porte une part de notre grandeur. Sa bravoure singulière, son élan patriote dépassant toutes les assignations, son héroïsme tranquille inscrit dans sa dernière lettre à son épouse Mélinée où il confiait son absence de haine pour le peuple allemand constituent une source d’inspiration particulière pour notre République. Missak Manouchian incarne les valeurs universelles portées par ces « vingt et trois qui criaient la France s’abattant » et ce sont eux, qui avec lui, seront aussi célébrés. Car ceux du groupe Manouchian défendaient une République où l’adhésion aux principes de liberté, d’égalité, de fraternité, permet tous les exploits, autorise tous les sacrifices, réunit et transcende tous les destins.

Après l’entrée au Panthéon des Résistants Félix Eboué (1949), Jean Moulin (1964), René Cassin (1987), Jean Monnet (1988) André Malraux (1996), des Justes de France (2007), Pierre Brossolette, Geneviève de Gaulle-Anthonioz, Germaine Tillion, Jean Zay (2015) et Joséphine Baker (2021), cet hommage de la République à Missak Manouchian, qui sera accompagné de Mélinée, permet de fédérer tous les combattants engagés dans la lutte contre le nazisme. Le sang versé pour la France a la même couleur pour tous, et comme l’écrivait Louis Aragon, « Un rebelle est un rebelle / Nos sanglots font un seul glas ». Et notre mémoire doit être une au moment de considérer notre passé. A cet égard, tous les Résistants et otages fusillés au Mont-Valérien seront déclarés morts pour la France.[…] »

Survivant du génocide arménien, Missak Manouchian a 19 ans quand il arrive en France en 1925. Ouvrier tourneur, autodidacte, poète, il s’engage à la suite de la crise du 6 février 1934 dans le mouvement antifasciste qu’anime le Parti communiste français. En juillet 1935, il devient cadre de l’Internationale communiste en accédant à la direction du journal Zangou, publié par la Section française du Comité de secours pour l’Arménie ; puis de l’Union populaire franco-arménienne, relais de l’organisation Main-d’œuvre immigrée (MOI) de la CGTU auprès des ouvriers arméniens. C’est ainsi qu’il rencontre Mélinée Assadourian, survivante elle aussi du génocide, qui devient sa femme.

Il entre dans la Résistance en 1941.Il est versé en février 1943 dans les FTP-MOI de la région parisienne et a sous ses ordres trois détachements d’une cinquantaine de Résistants qui multiplient les opérations visant à tuer des hauts gradés allemands. On attribue au « groupe Manouchian » trente opérations de ce type dans Paris du mois d’août à la mi-novembre 1943.Missak Manouchian est choisi en août 1943 pour en être commissaire militaire.

Des arrestations avaient déjà eu lieu parmi les FTP-MOI parisiens en mars et en juillet 1943. A la mi-novembre, la pression s’accentue avec 68 arrestations dont celle de Missak Manouchian, arrêté le 16 novembre 1943, Mélinée réussissant à se cacher.

Missak Manouchian, torturé, et vingt-trois de ses camarades sont livrés aux Allemands. Le tribunal militaire allemand du Grand-Paris juge 24 des résistants arrêtés, dont Manouchian et prononce 23 condamnations à mort : le 21 février 1944, les 22 hommes condamnés à mort seront fusillés au Mont-Valérien, en refusant d’avoir les yeux bandés. Olga Bancic, également condamnée à mort, est transférée en Allemagne et décapitée à la prison de Stuttgart le 10 mai 1944.

La dernière lettre de Missak Manouchian à Mélinée justifie pleinement l’expression « héroïsme tranquille » utilisée dans le communiqué présidentiel :

Les Allemands tentent d’exploiter ces condamnations avec la fameuse affiche rouge sur laquelle 10 des condamnés apparaissent avec pour Manouchian l’inscription : « Arménien, chef de bande, 56 attentats, 150 morts, 600 blessés ». 15 000 exemplaires de cette affiche seront placardés sur les murs de Paris ; l’effet de peur et de rejet attendu par les nazis ne se produit pas : au contraire l’affiche devient l’emblème du courage et du martyre.

En 1955, on inaugure dans le 20e arrondissement de Paris la rue du Groupe-Manouchian. À l’occasion de cette inauguration Louis Aragon écrit le poème Strophes pour se souvenir, mis en musique et chanté par Léo Ferré en 1959 et repris ensuite par d’autres chanteurs, dont Jacques Bertin, Catherine Sauvage, Marc Ogeret, Leny Escudero, Mama Béa, Monique Morelli, Didier Barbelivien, Bernard Lavilliers et Francis Lalanne

Aragon et Ferré ont rendu immortels ceux qui n’avaient « réclamé ni gloire ni les larmes », « Vingt et trois étrangers et nos frères pourtant ». Pour écouter Ferré : Cliquer iCI

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