Oradour-sur-Glâne : CONTRE L’ODIEUSE PROFANATION

oradour-vendaliséLe 21 août 2020, un acte de vandalisme négationniste a été commis sur un mur du Centre de la mémoire d’Oradour-sur-Glâne, mur monument aux martyrs du 10 juin 1944. Le mot « Martyrs » est barré et remplacé par le mot « Menteurs » et le nom de Reynouard un militant d’extrême droite « séduit par le national-socialisme » et qui accumule les procès et les condamnations sans pour autant renoncer à la diffusions de ses « thèses ».

« Notre première arme contre le négationnisme est l’éducation. » Cette phrase du ministre de l’éducation nationale au lendemain de cet acte odieux résonne juste pour l’ANACR qui agit depuis 1945 pour faire connaître la réalité du nazisme, pour faire connaître le rôle des héros et des martyrs de cette période terrible.

La réalité du nazisme, il faut la chercher auprès des historiens mais aussi, et même surtout, trouver dans les témoignages de ceux qui ont lutté et de ceux qui ont souffert pendant cette dure période qui a commencé bien avant la déclaration de guerre ou l’occupation de la France avec la lutte contre le fascisme, pour la République espagnole, contre les accords de Munich, contre la capitulation et la collaboration  du régime de Vichy…

Le terme « négationnisme » est créé en 1987 par l’historien Henry Rousso pour désigner la contestation de la réalité du génocide mis en œuvre contre les Juifs par l’Allemagne nazie pendant la Seconde Guerre mondiale, c’est-à-dire la négation de la Shoah. Cette contestation ,n’hésitait pas avec Robert Faurisson à la fin des années 70, à nier l’existence des chambres à gaz. Elle a révolté les nombreux Résistants encore parmi nous et les a motivés encore plus à témoigner et expliquer participant ainsi, avec le poids de leur engagement, de leur lucidité et de leur courage, à l’éducation, si nécessaire, en particulier auprès des jeunes. Les enseignants le savent bien, eux qui ont fait si souvent appel à eux !

L’histoire du massacre d’Oradour sur Glane le 10 juin 1944 comme celles des 99 oradour-silencependus de Tulle et des 67 tués d’Argenton-sur-Creuse et les 33 de Combeauvert, tous  le 9 juin, témoigne de la barbarie des troupes nazies. A chaque fois c’est une partie de la division Waffen SS Das Reich, « formée » sur le front de l’Est qui est envoyée délibérément pour massacrer.

Sur le martyr d’Oradour-sur-Glâne, voir l’article sur France-Inter et bien sur le site du centre de mémoire d’Oradour-sur-Glâne

Et voici la réaction indignée publiée par l’ANACR-National,  une déclaration à la quelle nous souscrivons totalement :

CONDRE L’ODIEUSE PROFANATION

Le négationnisme  des crimes du nazisme, perpétrés dans toute l’Europe occupée, et du génocide monstrueux associé à son nom, qui firent des millions de victimes délibérément assassinées, n’est pas une opinion : c’est un délit.

Un délit puni depuis 1990 par la Loi dans notre pays, comme il l’est explicitement par la législation d’une quinzaine de pays européens.

C’est aussi un crime contre la vérité historique, dramatiquement attestée par la découverte des charniers des massacres perpétrés par les nazis et leurs complices, tant au sein même des populations civiles asservies que dans les camps de concentration, par des centaines de milliers de témoignages directs, et même par les aveux de milliers de tortionnaires y ayant pris part.

Ce délit contre la Loi, commis de manière récidivée par le triste personnage mentionné dans l’inscription ayant ce 21 août 2020 souillé le monument à la mémoire des 642 victimes – femmes, hommes, vieillards et enfants – massacrés le 10 juin 1944 à Oradour-sur-Glane par une unité SS de la Division Das Reich, a été sanctionné à plusieurs reprises par la Justice.

Ce crime contre la vérité historique, dont la réalité reste inscrite jusqu’à aujourd’hui dans les ruines du village martyre et dans la mémoire de Robert Hébras, seul survivant du massacre présent parmi nous et auquel nous tenons à réaffirmer notre soutien et dire notre affectueuse estime, est particulièrement odieux par son contenu et par le lieu choisi par son – ou ses – lâche(s) auteur(s) pour le commettre.

L’Association Nationale des Anciens Combattants et Ami(e)s de la Résistance, sa direction, tous ses adhérents, partagent l’émotion et l’indignation de toutes celles et ceux qui condamnent la profanation commise à Oradour-sur-Glane et exigent que tout soit mis en œuvre pour en identifier le – ou les – auteur(s) afin qu’il(s) soi(en)t déféré(s) devant la Justice.

Paris, le 22 août 2020

Le Bureau National de l’ANACR

23 août : l’ANACR ravive la flamme sur la tombe du soldat inconnu

L’ANACR nationale le fait chaque année et souhaite maintenir cette tradition en dépit des conditions sanitaires que nous connaissons.

Ci-dessous le message du président de l’ANACR qui donne rendez-vous au « musoir » des Champs-Elysées. « Musoir » est un terme de marine utilisé aussi pour désigner le point où deux routes avec même sens de circulation se rejoignent en pointe. Ce doit être le cas du « passage du Souvenir » qui permet d’atteindre l’Arc de Triomphe sans avoir à traverser la place de l’Etoile.

L’ANACR-Oise s’associe par la pensée à cette cérémonie.

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Le message de l’ANACR à Nellie Rochex

Chère Nellie,

Suite à l’annonce du décès de ton papa François Rochex, l’ANACR Oise te présente ainsi qu’à toute ta famille ses plus sincères condoléances. Nos pensées vous accompagnent dans ces moments difficiles.

François a eu un parcours particulier. Comme tout être humain, il a dû faire des choix au cours de sa vie et visiblement, il a choisi d’être humain, courageux et fort. Résistant, syndicaliste ces deux mots montrent son engagement dans les luttes face au patronat vorace, face aux criminels nazis et à leur guerre, qui ont mis au grand jour comment les forces du capital pouvaient  « abattre » toutes les idées nouvelles et émancipatrices des hommes. Les luttes ont été difficiles et brutales pour eux, pour François, mais c’est grâce à ces hommes et ces femmes que nous sommes libres aujourd’hui.

Jamais nous ne devons oublier les sacrifices consentis par les Résistantes et les Résistants durant plus de quatre années de guerre atroce et dévastatrice.

L’ANACR a un profond respect pour eux, pour François, et nous continuerons à commémorer leur Mémoire, à transmettre  leurs luttes, leurs valeurs et les objectifs ambitieux et progressistes du Conseil National de la Résistance et de son programme « Les jours heureux ».

Bien fraternellement.

Le bureau de l’ANACR Oise

Hommage à François Rochex et Edmée Huette, disparus en juillet 2020…

Nous apprenons avec tristesse le décès de deux membres de l’ANACR-Oise: François Rochex, adhérent comme ancien Résistant et Edmée Huette, adhérente en tant qu’amie…

 

fr-humaÀ l’occasion de ses 105 ans Oise-Hebdo avait consacré un grand article à François Rochex dans son numéro du 20 juillet 2016 ; car François Rochex est né le &7 juillet 1911 dans la région parisienne a presque toujours vécu dans l’Oise. Son père d’origine italienne était ouvrier ajusteur et s’était installé à Creil ( il travaillait dans la clouterie Pélican qui deviendra bientôt la clouterie Rivierre. Après un passage à Saint-Leu, la famille s’enracine à Nogent-sur-Oise où le père de François Rochex a été conseiller municipal pour le parti communiste. Parti que François Rochex verra naître puisqu’en décembre 1920, il a 9 ans, il « participe » au Congrès de Tour : il en retiendra surtout le voyage en chemin de fer avec son père… Mais sans doute pas que cela car il sera toute sa vie un sympathisant du PC et un fidèle lecteur de l’Humanité, un militant de la paix avec le mouvement pour la Paix en Europe Amsterdam-Pleyel créé par Barbusse et Romain Rolland dans les années 30… Homme d’action, il affronte physiquement les Croix de Feu et autres ligues d’extrême droite, il est syndiqué à la CGT.

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Ses activités militantes d’avant-guerre lui valurent d’être arrêté par la police française le 16 juillet 1941 pour être ensuite remis aux Allemands : il sera interné à Compiègne dans le Frontstalag122 jusqu’en novembre 1941 : les déportations à partir du camp de Royallieu commenceront en 1942…

C’est après cette libération qu’il s’engage dans la Résistance avec son père dans l’OCM (source : le CDROM sur la Résistance dans l’Oise de Jean-Pierre Besse) Il recueillait et transmettait des renseignements sur des entreprises gérées par les Allemands et sur la base aérienne de Creil et participait aussi à la récupération des armes parachutées, à des actions de sabotage ou au sauvetage d’aviateurs.

Voici ce qu’en dit un article consacré à Paul Crauet dans le site Mémoire Vive :

François Rochex est arrêté à Creil avec d’autres camarades en 1934 pour avoir collé des affiches illégalement alors qu’il milite au sein du comité “Amsterdam-Pleyel” contre la montée en puissance des idées fascistes. Le maire de Creil, Jean Biondi, paye leur amende et ils sont libérés, mais leurs noms sont inscrits dans les fichiers de la police de Creil. Après son arrestation en compagnie de Paul Crauet et Marcel Bataillard, François Rochex est interné au Stalag 122 (matricule 1311) de juillet à octobre 1941, probablement libéré parce que son fichier de police français paraît insuffisant aux “sélectionneurs” de l’armée d’occupation. À partir de 1942, François Rochex s’engage dans l’OCM – où il est ensuite rejoint par André Bataillard (frère de Marcel Bataillard), alias commandant Martin – et jusqu’en septembre 1944, il participe à la récupération et transport d’armes parachutées, à quelques sabotages et aussi à l’hébergement et au transfert de pilotes d’avions américains ou anglais qui avaient du sauter en parachute au-dessus du territoire. En 1946, il témoigne à charge au procès d’assises du commissaire de Creil.

Son père, Antoine Rochex, inscrit comme communiste en 12e position sur la liste du 18 juillet 1941, n’est pourtant pas inquiété. Sous l’occupation, il héberge des membres du PC clandestin. En 1947, il se présente sur une liste communiste aux élections municipales de Nogent-sur-Oise et est élu 3e adjoint jusqu’en 1953. Il milite au PCF jusqu’à son décès en 1974, à 89 ans. Il est également porte-drapeau de l’ARAC. Antoine Rochex n’a jamais parlé à ses proches de son activité pendant la guerre.

Il a commencé comme dessinateur après des études au lycée Charles Somasco (qui deviendra ensuite Lycée technique Gournay aujourd’hui remplacé par le lycée marie Curie) ; Suivant des cours du soir, il obtient ensuite un diplôme d’ingénieur des Arts et Métiers.

Sa dernière manif, il l’a faite en 2002 avant le 2ème tour (Chirac / Le Pen) des élections présidentielles. Et si on écoute son dernier entretien enregistré par L’Humanité en 2018, il a gardé jusqu’au bout ses convictions et son regard malicieux sur le monde.

À lire aussi l’article paru dans l’Humanité le 5 août.

Un dernier hommage lui a été rendu le 10 août dernier au crématorium de Méru.

Edmée Huette était adhérente de l’ANACR-Oise en tant qu’ « amie » de la Résistance depuis de nombreuses années. Elle est née en 1924 et habitait Beauvais où elle a travaillé à la mairie pendant la guerre ; elle a été candidate pour le PS aux élections municipales de 2001 à Beauvais avec Walter Amsallem. Hélène Boulanger-Fabre, présidente de l’ANACR-Oise, l’a rencontrée plusieurs fois : Edmée Huette aimait parler de ses souvenirs d’adolescente pendant la seconde guerre mondiale et lui a souvent prêté des documents. Ses obsèques ont été célébrées le 24 juillet à Beauvais.

L’ANACR-Oise rend hommage à ces deux adhérents et présente à leur familles ses sincères condoléances.