Il y a 80 ans, la bataille de France se déroulait aussi à Senlis

Tout était prévu de longue date par le Comité du Souvenir du canton de Senlis, présidé par notre ami Christian Lucas, pour célébrer le 80ème anniversaire de la « bataille de Senlis » qui s’est déroulée du 11 au 12 juin 1940 ; la ville de Senlis a subi plusieurs bombardements ; le 4ème régiment des Spahis et le 109ème régiment d’infanterie étaient engagés dans cette bataille  qui a compté une soixantaine de morts.

L’exposition préparée pour 2020 sera donc présentée en 2021 ! Avec d’autres projets : un timbre commémoratif, l’ouverture au public d’un blockhaus de la ligne de défense de Paris, la ligne Chauvineau, …

Ci-dessous un article paru le 10 juin 2020 dans Oise-Hebdo :

batailleSenlis1940

Cette bataille a retardé l’avance allemande sans réussir à l’arrêter. Le 21 juin, l’armistice sera signé un peu plus au nord dans la Clairière de l’armistice à Rethondes, près de Compiègne : Hitler tenant à « effacer » la défaite allemande de 1918 : pour en savoir plus, consultez le site Résistance60.fr qui y consacre un bel article

 

 

L’amphithéâtre Martha Desrumeaux à l’Université de Lille

L’université de Lille, dans le cadre de son projet pour l’égalité hommes-femmes, va donner  des noms de femmes à 15 de ses amphithéâtres. 45 noms ont été proposés au vote (ouvert à tous) avec 15 femmes liées à l’université, 15 liées à la région et 15 à la stature plus « nationale ». Le vote a eu lieu le 18 mai et parmi les 15 femmes qui donneront leur nom à un amphithéâtre  il y a Martha Desrumeaux !

martha2Martha Desrumeaux, l’ouvrière textile dans le Nord, la militante syndicaliste et communistela Résistante, à l’origine de la constitution du Front national dans le Nord. Arrêtée le 27 août 1941, à l’issue d’une opération conjointe de la police française et de la Feldgendarmerie, passant de prison en prison ( centre de la rue Négrier à Lille, puis à Loos-lez-Lille, Bruxelles, Aix-la-Chapelle, Cologne, Hanovre et Hambourg) avant d’être déportée à Ravensbrück où elle arrive le 28 mars 1942 (matricule n° 9 948) ; revenue de déportation en avril 1945, à nouveau responsable syndicaliste jusqu’en 1950 où elle est évincée après l’échec des grèves du textile de novembre 1949… Le 14 janvier 1948, Martha Desrumeaux avait été citée à l’ordre de l’armée, lieutenant des Forces françaises de l’intérieur par le président du Conseil des ministres.

Laurence Dubois, présidente de l’association des Amies de Martha Desrumeaux qui milite pour son entrée au Panthéon exprime sa joie :

martha1« Félicitons-nous de cette démarche. Félicitons-nous que Martha Desrumaux ait été officiellement et démocratiquement choisie par les instances universitaires. Chacune, chacun pourra ainsi mesurer l’importance de cette décision et l’impact qu’elle donne à la campagne Ouvrir le Panthéon au monde ouvrier, Martha Desrumaux, pour une ouvrière au Panthéon ! Rares sont les universités qui ont ainsi rendu hommage à un membre de la classe ouvrière… « 

Sandrine Rousseau, maître de conférences à l’université, vice-présidente Vie Campus chargée de l’égalité femmes-hommes précise : « Sur 212 amphithéâtres que compte l’université de Lille, seuls 2,5 portent des noms de femmes. Beaucoup n’ont que des lettres mais beaucoup d’autres portent des noms d’hommes importants et brillants. Toutefois nous pensons important et au nom de ma mission sur l’égalité, je porte cette idée haut, que l’université doit afficher des noms de femmes remarquables dans la même proportion. C’est bien sûr un défi tant l’histoire des femmes a été minimisée voire effacée…« 

De son côté, Hermeline Pernaud,  enseignante également à l’Université de Lille, chef de projet égalité hommes-femmes, précise les modalités des choix : « Près de 4000 étudiant·e·s et membres du personnel ont voté. C’est donc une belle action. Nous avions proposé 15 noms de femmes de l’université de Lille, 15 femmes régionales et 15 femmes nationales ou internationales. […] Parmi les 15 noms sortants, on compte seulement 2 femmes de l’université et 3 femmes de la région. Martha Desrumaux a donc grandement marqué les esprits des personnes qui ont voté. »

Vous pouvez d’ailleurs retrouver les noms des 15 femmes choisies par le vote sur la page égalité de l’université.

À écouter :  une émission du 5 juin 2020 sur France Culture. C’est un magnifique entretien d’Anise Postel-Vinay, Résistante et déportée qui vient de nous quitter. Ce témoignage date de 2015. Anise Postel-Vinay y témoigne de sa Résistance et de sa déportation. À la 44ème minute elle dit :  » de mon temps, les premières résistantes en France, figurez-vous, c’était les femmes du Nord, des femmes de 40 ans, c’était ça ! et avec cette fameuse communiste Martha Desrumaux, qui dirigeait, je crois la CGT du Nord… »

Quel magnifique hommage à Martha !

A l’époque on voulait « faire quelque chose » contre l’occupant. Mais on ne disait pas du tout qu’on « entrait en résistance ». Je n’aime pas beaucoup cette formule car on dirait qu’on entre en religion. Alors que non, on ne rentrait pas du tout en religion, on cherchait quelque chose d’actif et d’efficace. On ne savait d’ailleurs même pas quoi, ni avec qui ou comment. Toutefois, nous sentions que nous ne pouvions pas accepter cette occupation non seulement allemande, mais surtout nazie. Anise Postel-Vinay (France Culture)

Appel aux dons : l’association les Ami.e.s de Martha Desrumaux a besoin d’être soutenue financièrement pour continuer à faire connaître Martha Desrumaux. Les chèques libellés à l’association Les Ami.e.s de Martha Desrumaux, peuvent être envoyés au 166 rdc avenue de Bretagne, 59000 Lille

Appel aux créateurs : durant la semaine du 8 mars 2021 en partenariat avec la maire de Lille, l’association présentera une exposition relative à Martha Desrumaux et aux luttes des femmes avec une quarantaine d’œuvres de plasticiens et de sculpteurs. Déjà plusieurs créateurs nous ont proposé leurs créations parmi lesquels l’affichiste Ernest Pignon Ernest. Participez à cette initiative, aidez-nous à trouver des créateurs. C’est peut-être vous !

Découvrez les dernières informations sur l’association  sur Facebook et partagez !logoMartha

sources : courrier envoyé par Laurence Dubois, Maitron.fr, univ-lille.fr

Journée Nationale de la Résistance : Jean Moulin, grande figure de la Résistance

Aujourd’hui 27 mai 2020, Journée nationale de la Résistance, nous ne pourrons pas apporter notre contribution à la commémoration de cette page de notre histoire qui contribua pour une part importante à la victoire contre le fascisme et à la construction de notre modèle social.

Mais nous nous souviendrons de ces hommes et ces femmes de convictions politiques et religieuses, de conditions sociales et culturelles si diverses qui, malgré les dangers et les difficultés, ont su agir dès 1940 et ont su, le 27 mai 1943, entamer un processus d’union avec un double objectif : être plus fort dans la bataille pour la libération de la France et préparer la France « d’après » , celles « des Jours heureux » puisque c’est ainsi qu’a été baptisé le programme du Conseil National de la Résistance publié le 15 mars 1944 !

Jean Moulin, plus jeune sous-préfet de France en 1925 à Albertville, est, après différents postes, préfet d’Eure-et-Loir en janvier 1939 et donc au début de la guerre. Entre temps il a été chef de cabinet de Pierre Cot quand celui-ci occupe plusieurs postes au gouvernement de 1932 à 1934 puis entre 1936 et 1938. C’est dans ce contexte qu’il nouera des liens d’amitiés avec des hommes qui seront bien vite des Résistants. En mai -juin 1940, il demande à être mobilisé mais cela lui sera refusé. En poste comme préfet, il va diriger les secours aux réfugiés et aux soldats blessés qui ont été évacués. C’est à Chartres, au cours de la nuit du 14 au 15 juin 1940, qu’avec son ami Frédéric-Henri Manhès (qui a participé au dernier cabinet de Pierre Cot) ils décident « de ne jamais abandonner le combat, quel que fut l’aboutissement de la poussée hitlérienne« . Dès le 17 juin, confronté aux exigences allemandes, Jean Moulin refuse de collaborer ; et jusqu’en novembre 1940, date où il est révoqué, il assure le ravitaillement et tente de s’opposer aux exactions des troupes d’occupation. Le 1er décembre il passe la ligne de démarcation ; il devient Joseph Mercier et va rencontrer tous les groupes de Résistance formés en zone non occupée. Le 9 septembre 1941 Jean Moulin arrive à Londres où il va rencontrer le général de Gaulle. Il revient en France, parachuté dans les Alpilles dans la nuit du 1er au 2 janvier 1942, sous le pseudo Rex, comme représentant personnel du général de Gaulle et délégué général du Comité National Français en Zone sud. Il s’installe à Lyon d’où il multiplie les rencontres avec les différents mouvements de la Résistance. Mi-juillet 1942, Daniel Cordier va le rejoindre depuis Londres. Du 13 février au 23 mars 1943, les difficultés rencontrées pour unir les composantes de la Résistance ramènent Jean Moulin à Londres. A son retour, il s’appelle maintenant Max, il est Compagnon de la Libération, membre du Comité National Français (avec rang de ministre)  et seul représentant du général de Gaulle en France.

Le 30 mars il arrive à Paris : obtenant l’accord de 5 mouvements de la Zone nord, Ceux de la Libération, Front national, Libération-Nord, Ceux de la Résistance, Organisation Civile et Militaire, de 3 mouvements de la Zone sud, Libération-Sud, Franc-Tireur, Combat, de 6 partis politiques, Parti Radical, Fédération Républicaine, Parti Communiste, Partie Socialiste, Alliance Démocratique, Démocrates populaires, et de 2 syndicats, CGT, CFTC, il va les réunir le 27 mai et tous vont signer une motion qui pose les principes du Conseil National de la Résistance et prévoit le nouveau gouvernement de la France dirigé par le général de Gaulle qui « fut l’âme de la Résistance » et a préparé  la « Renaissance de la Patrie détruite et les libertés républicaines déchirées ».

On sait la fin tragique de cette épopée au service de la Liberté : l’arrestation à Caluire le 21 juin 1943, la déportation en Allemagne et la mort de Jean Moulin en gare de Metz le 8 juillet des suites des tortures endurées sans avoir parlé. Il avait 44 ans.

Son ami et compagnon de Résistance Frédéric-Henri Manhès avait été arrêté le 3 mars 1943, torturé, condamné à mort le 3 novembre 1943, puis finalement déporté à Buchenwald le 22 janvier 1944 ; il fera partie des dirigeants de la Résistance intérieure du camp. Revenu en  1945, il meurt en 1959.

CNR-Programme-et-Comité
Devant le 48 rue Dufour le 27 mai 1943

L’ANACR-Oise dispose d’une exposition réalisée par l’association Valmy sur ce programme du Conseil national de la Résistance qu’elle prête régulièrement aux collèges, lycées ou municipalités que le demandent. Les objectifs, l’idéal qui ont présidé à l’élaboration puis la mise en place du programme du CNR à partir de 1945, sont exposés dans 15 panneaux :

CNR N1

  • L’importance du PROGRAMME DU CNR
  • Rappel de la création du CNR
  • 1-Assurer l’établissement de la démocratie la plus large en rendant la parole au peuple français par le rétablissement du suffrage universel
  • 2-Pleine liberté de pensée, de conscience et d’expression
  • 3-Respect de la personne humaine et égalité absolue de tous les citoyens devant la loi
  • 4-Liberté de la presse, son honneur et son indépendance à l’égard de l’État, des puissances d’argent et des influences étrangères
  • 5-Tout homme persécuté a droit d’asile sur les territoires de la République
  • 6-Instauration d’une véritable démocratie économique et sociale
  • 7-Tout enfant a droit à l’instruction et l’éducation dans le respect de la liberté
  • 8-Le devoir de travailler et le droit d’obtenir un emploi
  • 9-Reconstitution dans ses libertés traditionnelles d’un syndicalisme indépendant, doté de larges pouvoirs dans l’organisation de la vie économique et sociale
  • 10-Droit d’accès, dans le cadre de l’entreprise à la participation des travailleurs à la direction de l’économie
  • 11-Plan complet de sécurité sociale, visant à assurer à tous les citoyens des moyens d’existence, dans tous les cas où ils sont incapables de se les procurer par le travail, avec gestion des représentants des intéressés et de l’État
  • 12-Complémentaires à ces sujets, d’autres étaient évoqués par LE « PROGRAMME DU CNR »

N’HESITEZ PAS, dès que la vie sera de nouveau « normale », À NOUS  LA DEMANDER!

CNR-LIVRET

 

 

Et à nous demander la revue publiée par l’ANACR-Nationale dont cet article s’inspire largement ! Elle présente aussi les différentes composantes du CNR et les hommes (pas de femmes…) qui ont été membres du CNR ainsi que son programme.

cnr-2LIBERATION

Le 27 mai : journée nationale de la Résistance

Cette reconnaissance de l’importance du rôle de la Résistance dans la lutte contre le nazisme a longtemps été revendiquée par toutes les organisations qui représentent les anciens Résistants. L’ANACR a pris toute sa place dans ce combat ! La date choisie n’est pas anodine : la loi est promulguée en 2013, cinquante ans après la création du Conseil National de la Résistance ; la date est celle de la création du CNR le 27 mai 1943 dans la France occupée.

Une semaine plus tard, le 3 juin 1943, le « Comité français de Libération nationale » (CFLN) est créé ; il deviendra le 3 juin 1944 le « Gouvernement provisoire de la République française » (GPRF).

 

Cette journée nationale de la Résistance est pour l’ANACR l’occasion  de très nombreuses manifestations vers le public adulte et vers les jeunes de nos écoles à l’université. Cette année, ce ne sera pas possible mais nous souhaitons que dans chaque mairie cette journée soit partagée avec les citoyens en rendant visible par exemple la déclaration de l’ANACR Nationale.

Car cette année sera bien particulière ; pas de manifestations pour le 27 mai 2020 comme pour le 8 mai alors que nous célébrons les 75 ans de la capitulation de l’Allemagne nazie, et aussi le commencement dans un pays dévasté par le guerre des Jours heureux voulus par le Conseil National de la Résistance en 1943 et mis en œuvre dès fin 1944 et surtout en 1945, avec par exemple :

  • La nationalisation des Charbonnages du Nord-Pas-de-Calais le 14 décembre 1944, des Usines Renault le 16 janvier 1945, du crédit et de la production d’électricité le  24 mai 1945, Air France le 16 juin 1945, la Banque de France le 2 décembre 1945 pour «qu’aucun monopole et aucune coalition ne puisse peser sur l’Etat ni régir le sort des individus [et que] les principales sources de la richesse commune soient administrées ou tout au moins contrôlées par la Nation…» (discours à la radio de Londres du général  de Gaulle le 20 avril 1943).
  • La création des comités d’entreprise le 22 février 1945.
  • Le vote des femmes institué le 29 avril 1945  à l’occasion des élections municipales.
  • Et en 1946, création des entreprises nationales EDF et GDF en avril, l’adoption du  statut de la fonction publique en octobre.

Après quatre années de luttes, la France a su changer vraiment sa façon de produire et d’être solidaire. Les mêmes défis sont devant nous en 2020 : bâtir « le monde d’après » !

 

Ecoutez ici une partie du discours d’André Malraux le 19 décembre 1964 pour l’entrée au Panthéon des cendres de Jean Moulin

 

Voici le message de la présidence nationale de l’ANACR pour la Journée Nationale de la Résistance que vous pouvez aussi télécharger en cliquant ICI  : 

MESSAGE POUR LA JOURNEE NATIONALE DE LA RESISTANCE

L’année 2020 est celle du 75ème anniversaire de la victoire sur le Reich nazi, concrétisée par sa capitulation sans conditions signée le 7 mai 1945 à Reims et le 8 mai à Berlin.

Cette victoire fut celle des armées alliées, américaine, britannique et soviétique, qui fournirent l’essentiel de l’effort militaire victorieux, mais aussi celle d’autres pays qui s’étaient joints à la coalition antifasciste, Canada, Afrique du Sud, Australie, Nouvelle-Zélande, ou qui s’étaient reconstituées à l’extérieur de leurs sols occupés pour poursuivre la lutte contre les agresseurs : forces polonaises, tchécoslovaques, norvégiennes, néerlandaises, belges, luxembourgeoises, grecques, yougoslaves et françaises libres ; ces «F.F.L.» qui, ayant répondu à l’Appel lancé le 18 juin 1940 par le général de Gaulle, auront participé, entre 1940 et 1945, aux combats dans l’Est africain en Erythrée, dans le désert libyen à Bir-Hakeim ou Koufra, en Tunisie, en Italie à Monte-Cassino, sur le front de l’Est avec l’escadrille Normandie-Niemen et qui formeront, avec l’Armée d’Afrique et les combattants issus de la Résistance, l’Armée française de la Libération luttant aux côtés des Alliés.

Cette victoire fut aussi celle des peuples qui, au prix de sacrifices immenses découlant de la barbarie de la répression nazie, à laquelle s’associèrent les régimes fascistes alliés du Reich hitlérien et les régimes fantoches mis en place à la faveur de ses conquêtes, tel en France celui de «l’Etat français» pétainiste, n’auront cessé, plus de cinq ans durant, de mener la lutte de Résistance nationale à l’occupant et pour la liberté ; y compris les armes à la main.

Dans notre pays, dès 1940, dès les premiers jours, dès les premières semaines, dès les premiers mois de l’Occupation, se manifestèrent des gestes de Résistance, commencèrent à s’organiser ou à se réorganiser des structures de Résistance, à être publiés et diffusés de premiers journaux clandestins de Résistance. Malgré la répression menée par l’occupant nazi et le régime pétainiste à sa solde contre les patriotes, emprisonnés, torturés, fusillés au Mont-Valérien, à Châteaubriant, à Souge et dans tant d’autres lieux, déportés dans les camps de la mort, cette Résistance se renforça au fil des mois, donnant naissance à une multitude de groupes d’action et de propagande, de réseaux d’évasion et de renseignement, de mouvements… Leur coordination ainsi que le renforcement de leurs liens avec la France libre vont devenir une nécessité grandissante, c’est la tâche à laquelle se consacrera Jean Moulin.

Ce qui se concrétisera le 27 mai 1943 à Paris, 48 rue du Four, avec la formation, sous la Présidence de Jean Moulin, du Conseil National de la Résistance, le C.N.R., rassemblant 8 principaux mouvements de Résistance – 5 de la zone Nord (Front National pour la Libération et l’Indépendance de la France, Organisation Civile et Militaire, Libération-Nord, Ceux de la Libération, Ceux de la Résistance), occupée par la Wehrmacht nazie depuis l’Armistice de juin 1940, et 3 de la zone Sud (Combat, Franc-Tireur et Libération-Sud), envahie par les Allemands le 11 novembre 1942 – ainsi que 6 partis clandestins (communiste, socialiste, radical, démocrates-chrétiens, Fédération républicaine et Alliance démocratique) et les deux centrales syndicales, la CGT et la CFTC.

Cette création du CNR, représentant la Résistance, laquelle va se placer sous l’autorité du Comité National Français présidé par le Général de Gaulle, renforça la légitimité du Chef de la France libre auprès des Alliés. «J’en fus à l’instant plus fort» dira-t-il, car il représentait ainsi la France Combattante tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays.

Elle va aussi permettre, en unifiant toutes les forces de la Résistance, la mise en place dès la fin 1943 des Comités locaux et départementaux de la Libération, la création début 1944 des Forces Françaises de l’Intérieur (FFI) qui vont avoir un rôle important dans la Libération de la France.

Et la création du CNR va permettre l’élaboration et l’adoption d’un Programme qui sera publié le 15 mars 1944 dans la clandestinité sous le titre «Les jours heureux».

Sa première partie est un appel à la mobilisation de toutes les forces de la Résistance, du peuple français pour, par le développement de la lutte sous toutes les formes, préparer et hâter cette libération tant espérée. Le 18 avril 1942, le général de Gaulle avait déclaré à la radio de Londres : «l’insurrection nationale ne peut être séparée de la libération nationale». Cette insurrection nationale, qui commencera début juin 1944, la Résistance va la préparer pendant de nombreux mois, avec la création et le renforcement de l’été 1943 au printemps 1944 de nombreux maquis que rejoindront nombre de jeunes refusant le Service du Travail Obligatoire, parallèlement au développement de groupes urbains de combat. Ils seront les uns et les autres au rendez-vous de la Libération.

Ainsi, la Résistance apportera aux débarquements libérateurs des 6 juin 1944 en Normandie et 15 août suivant en Provence un appui dont le général Eisenhower soulignera l’importance en l’évaluant à l’action de 15 divisions, en entravant par la destruction de voies et moyens de communication l’acheminement de renforts allemands harcelés par les maquis mobilisés. Après avoir joué un rôle décisif en septembre-octobre 1943 dans la libération de la Corse, elle libéra par elle-même au printemps et à l’été 1944 des régions entières, notamment tout le Sud-ouest, en Auvergne, dans les Alpes, elle assiègera des mois durant les forces allemandes fortifiées dans les Poches de l’Atlantique. Près de 150 000 F.F.I rejoindront l’Armée française de la Libération qui, après avoir libéré Strasbourg, passera, tel le prestigieux «15-1» issu du «Régiment de Paris» FFI, le Rhin ; et participera aux côtés des autres forces alliées sur le sol allemand à la victoire finale sur le nazisme le 8 mai 1945.

La seconde partie du Programme du CNR est consacrée aux mesures à prendre dès cette Libération pour restaurer les institutions républicaines du pays, pour le rénover par une profonde démocratisation politique, économique et sociale, elle trace les contours des «Jours heureux» dans une France que les Résistant(e)s veulent solidaire.

Le Gouvernement provisoire de la République française présidé par le Général de Gaulle, va mettre en œuvre le Programme du Conseil National de la Résistance : sur le plan économique, avec le souci, dont on peut apprécier en ces jours difficiles la pertinence, de faire en sorte, ainsi que l’avait déjà exprimé le Général de Gaulle dans un discours à la radio de Londres le 20 avril 1943, «qu’aucun monopole et aucune coalition ne puisse peser sur l’Etat ni régir le sort des individus [et que] les principales sources de la richesse commune soient administrées ou tout au moins contrôlées par la Nation…», les Charbonnages du Nord-Pas-de-Calais seront nationalisés dès le 14 décembre 1944, les Usines Renault le seront le 16 janvier 1945, le crédit et la production d’électricité le seront le 24 mai, Air France le 16 juin, la Banque de France le 2 décembre.

La démocratie politique et sociale sera approfondie : le 22 février 1945 seront créés les comités d’entreprise, le 29 avril, les femmes voteront pour la première fois, à l’occasion des élections municipales, en octobre la Sécurité sociale sera étendue à tous les salariés, on peut mesurer en ces temps de pandémie à quel point, inspirée de l’esprit de solidarité des Résistant(e)s, elle a été un acquis précieux qu’il convient de défendre et conforter. En avril 1946 sont créées les entreprises nationales EDF et GDF, en octobre suivant sera adopté le statut de la fonction publique… Toutes mesures qui, en dépit de remises en causes ultérieures, ont fondé, en privilégiant, ce qui doit être une exigence pérenne, l’intérêt général sur les intérêts particuliers, les principes et les bases du pacte social et républicain perdurant pour une large part jusqu’à nos jours, et qu’il faut préserver.

Promulguée le 19 juillet 2013, la Loi instaurant la «Journée Nationale de la Résistance, le 27 mai», rappelant que le 27 mai était le jour anniversaire de la création du CNR, lui assignait comme mission d’«assurer la transmission des valeurs de la Résistance et de celles portées par le programme du Conseil National de la Résistance». Valeurs humanistes et démocratiques plus que jamais nécessaires dans un monde qui connait toujours les guerres, les dictatures négationnistes des droits de l’homme et des peuples, la xénophobie et le racisme, l’insigne pauvreté allant jusqu’à la famine, et où resurgit le spectre du fascisme.

La Présidence Nationale de l’ANACR

Les obsèques de Cécile Rol-Tanguy auront lieu le 12 mai

Cécile Rol-Tanguy a commencé à travaillé pour le Syndicat CGT des métaux ; c’est là qu’elle a rencontré celui qui deviendra son mari ; c’est avec la CGT qu’elle est entrée dans la Résistance. Elle a eu trois enfants Françoise, décédée en 1940, Hélène et Jean, à qui s’adresse le message ci-dessous.

Frédéric Sanchez, Secrétaire Général de la Fédération CGT de la métallurgie a adressé ce message à sa famille

Je m’incline devant celle qui nous a tant appris, tant transmis et qui restera à tout jamais au Panthéon de l’histoire de France.

Ta maman, votre maman, Cécile nous quitte un 8 mai 2020, le jour du 75ème anniversaire de la capitulation de l’Allemagne nazie.

Elle nous quitte dans une période d’incertitude et d’inquiétude qui traverse et frappe le monde dans toutes ses composantes.

Comment pouvoir oublier son intervention lors d’un conseil national de la Fédération, où elle avait su conjuguer le passé, le présent et l’avenir avec l’optimisme et la détermination qui la caractérisaient.

Elle laisse un vide énorme derrière elle, il nous faut plus que jamais poursuivre le combat, son combat.

Celui de l’émancipation, de la liberté de pensée et des libertés individuelles et collectives.

La CGT, le Parti Communiste Français et la Fédération des métaux perdent une camarade, une amie et surtout une femme aux valeurs inestimables.

J’adresse à toi Jean et à l’ensemble de ta famille mes plus sincères et respectueuses condoléances.

Nous lui rendrons l’hommage qu’elle mérite, chez elle, au 94 dans sa maison, celle des métallurgistes.

Toutes mes amitiés

Frédéric Sanchez

 

Les obsèques de Cécile Rol Tanguy auront lieu MARDI 12 Mai 2020 à 15h00 à Monteaux (41). Dans l’intimité familiale afin de respecter les règles sanitaires.

Les fleurs pourront être livrées à la chambre funéraire avant 12h00
Pompes funèbres Bouvier Goury – 24 rue de Bejun – à Blois (41)

 

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Cecile Rol Tanguy, le 9 avril 2005 photo Francine Bajande

Au Palais de l’Élysée, en 2013, alors que François Hollande venait de l’élever au grade de Grand officier de la légion d’honneur, Cécile Rol-Tanguy déclarait : « Cette distinction, monsieur le Président, je l’accepte au nom de toutes les femmes résistantes oubliées, celles dont on n’a jamais parlé, celles qui n’ont rien eu. »

Extrait de l’hommage rendu sur le site de l’Humanité (humanité.fr) le 8 mai 2020

 

 

Cécile Rol-Tanguy : communiqué de l’ANACR-Oise

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L’ANACR Oise vient d’apprendre le décès de Cécile ROL-TANGUY, femme militante depuis le Front Populaire, Résistante depuis le début de la guerre, communiste engagée dans tous les combats pour anéantir le nazisme. Elle sera la secrétaire de son mari Henri ROL-TANGUY, agent de liaison, elle effectue des missions importantes pour la libération de Paris.

Toute sa vie elle sera aux côtés des femmes dans leurs luttes pour leur émancipation, elle transmettra la Mémoire de la Résistance dans les écoles, collèges, lycées ou tout autre établissement public.

Nous nous inclinons devant elle qui a tant agi pour la Liberté de la France, pour la Liberté de pensée pour le bonheur des êtres humains.

Nous adressons à sa famille nos plus sincères condoléances et toute notre affection de militants de l’ANACR. Nous les Amis (ies) ont un profond respect pour celles et ceux qui ont lutté contre le nazisme, qui ont perdu la vie pour que nous soyons libres aujourd’hui.

Le bureau de l’ANACR Oise

En cliquant ICI, vous pourrez lire le communiqué de la famille de Cécile Rol-Tanguy.

Et en cliquant ICI,  celui de la présidence de la République.

avec Rolffi2004

crédits – 1: avec Henri Rol-Tanguy – humanite.fr; 2 : france24.com/fr/20140815-liberation-paris-cecile-rol-tanguy-ffi-resistance-insurrection-seconde-guerre-mondiale-femmes ; 3 :le 23 août 2004, lors de cérémonies en hommage à son mari, le colonel Henri Rol-Tanguy – DANIEL JANIN / AFP – rfi.fr

L’hommage de l’ANACR Nationale à Cécile Rol-Tanguy

HOMMAGE A CECILE ROL-TANGUY

C’est avec une profonde émotion et une grande tristesse que nous avons appris en ce 8 mai 2020, jour du 75ème anniversaire de la Victoire sur le nazisme, la disparition de Cécile Rol-Tanguy qui, antifasciste dès sa jeunesse, Résistante depuis les premiers jours de l’Occupation et au régime pétainiste, prit pleinement sa part dans le combat pour la Libération de la France et pour cette Victoire sur la barbarie.

Fille de Germaine et François Le Bihan ouvrier électricien, syndicaliste et militant communiste qui mourra en déportation, Cécile Le Bihan, née à Royan le 10 avril 1919, passa son enfance au Vésinet (Seine-et-Oise), puis à Paris à partir de 1933. Titulaire du Brevet élémentaire, elle suivit le cours Pigier de sténodactylo et fut embauchée en novembre 1936 au Syndicat des métaux CGT de la région parisienne, où elle rencontra Henri Tanguy.

Elle adhéra en 1936 à l’Union des Jeunes Filles de France (UJFF), puis, en 1938, au Parti communiste, et devint la marraine de guerre d’Henri Tanguy, combattant des Brigades internationales, avec qui elle se maria le 15 avril 1939.

L’hiver 1939-1940, Henri Tanguy mobilisé, Cécile conserva des contacts militants, tel celui qui s’avéra essentiel avec Marcelle Gautier, femme d’Henri Gautier, trésorier du Syndicat des Métaux, clandestin depuis que sa direction avait refusé de désavouer le pacte germano-soviétique. Grâce à cette liaison, Henri Tanguy, démobilisé, put reprendre contact dès le 19 août 1940 avec Gautier, puis prévenu le 5 octobre de l’arrestation de celui-ci, entrer immédiatement en clandestinité. De l’automne 1940 au printemps 1941, Cécile Tanguy frappa des stencils et assura des liaisons pour les Comités populaires des métallos, dont Henri fut l’un des responsables.

A partir de juillet 1941, Cécile Tanguy, successivement «Jeanne», «Yvette», «Lucie», joua un rôle essentiel auprès d’Henri quand celui-ci devint responsable, militaire ou politique, de directions interrégionales des premiers groupes armés, puis des FTP. Secrétaire, elle frappa tracts, directives, rapports à la direction nationale FTP, journaux clandestins.

Agent de liaison, elle assura de 1941 à 1943 le contact avec Marcel Paul, puis avec les membres des triangles de direction à Paris : Raymond Losserand et Gaston Carré, puis Roger Linet et Raymond Colin, enfin Joseph Epstein et Edouard Vallerand ; avec des responsables FTP dépendant de la direction interrégionale : en Anjou Maurice Lacazette et Marcel Hamon, à Paris Boris Holban ou Boris Milev, de la MOI ; avec la direction nationale FTP : Eugène Hénaff, Georges Vallet, René Camphin, Georges Tessier, Albert Ouzoulias, Pierre Le Queinnec, d’autres encore. Elle transporta aussi tracts et journaux clandestins, armes et explosifs, parfois dans le landau de leur fille, Hélène, née le 28 mai 1941.

Malgré la clandestinité, Cécile et Henri préservèrent un espace de vie familiale, en dépit des nombreux déplacements et de fréquentes séparations de domicile. Ils cohabitèrent cependant à Quinçay près de Poitiers à l’automne 1942, puis à Antony après le retour en Région parisienne en mars 1943. Leur fils, Jean, naquit à Antony le 13 novembre 1943.

Lorsque Henri Tanguy fut affecté en automne 1943 aux FFI, puis devint en juin 1944, sous le nom de «colonel Rol», chef régional des FFI d’Ile-de-France, Cécile continua à remplir sa double fonction. Elle frappa les ordres du chef régional et assura ses liaisons avec le général Malleret-Joinville, chef d’état-major national des FFI, avec les colonels Avia et Villate, de l’état-major régional, avec les états-majors départementaux FFI, la direction nationale FTP, avec Pierre Villon, représentant du Front national au CNR et Président du COMAC, avec, pendant l’insurrection parisienne, André Tollet, président du Comité Parisien de Libération.

Cécile Tanguy, présente en août 1944 dans le PC souterrain de Rol Place Denfert-Rochereau, y tapa l’Appel à l’insurrection de la Région parisienne qu’Henry lui dicta. Le 28 août 1944, elle sera la seule femme invitée à la réception au Ministère de la Guerre par le général de Gaulle des responsables de la Résistance dans Paris libéré.

Au lendemain de la Libération, alors qu’Henri Tanguy, désormais «Rol-Tanguy» – patronyme officialisé en 1970 – rejoignait le général Koenig au Gouvernement militaire de Paris, et commençait une carrière militaire, Cécile fut notamment chargée d’organiser le service social de l’état-major régional FFI, créé en octobre 1944, et qui fut intégré dans l’armée régulière en mars 1945.

Adhérente du Parti communiste, membre de l’Union des Femmes Françaises (UFF), elle s’engagea dans la préservation de la mémoire des combats des antifascistes et des Résistants, et pour la transmission des valeurs pour lesquelles ils combattirent, en premier lieu à la jeunesse. Depuis le décès d’Henri Rol-Tanguy le 8 septembre 2002, Cécile Rol-Tanguy est très souvent intervenue, partout à travers la France, devant des jeunes collégiens et lycéens ; en 2011, elle vint évoquer l’Insurrection parisienne au Stage National de l’ANACR.

Présente à plusieurs congrès nationaux de l’ANACR, elle en devint à celui de Lons-le-Saunier en 2012, Présidente nationale avec Louis Cortot, Henriette Dubois (Nelly) et Pierre Martin.

Pour toutes celles et ceux qui l’ont connue dans ces instances et assises de l’ANACR, en premier lieu les membres du Bureau national, Cécile par toute sa vie, a été, est et restera un exemple inspirant le plus profond respect ; et toutes et tous garderont avec émotion le souvenir de sa chaleur humaine, le souvenir de cette Grande dame de la Résistance.

Médaillée de la Résistance en septembre 1945, Croix du Combattant Volontaire de la Résistance, homologuée lieutenant FFI en janvier 1946, chevalier de la Légion d’honneur en avril 1984, elle fut en 2013 élevée à la dignité de Grand officier de la Légion d’honneur et, le 18 novembre 2017, à celle de Grand’Croix de l’Ordre National du Mérite.

En ces moments douloureux, au nom de tous les membres du Bureau National, de tous les membres de l’ANACR, nous tenons, partageant leur peine, à exprimer à ses enfants, Hélène, Claire, Jean, et Francis, à ses petits-enfants, à tous ses proches, nos sentiments les plus affectueux.

Pour le Bureau National de l’ANACR :

Pierre MARTIN, Président, Jacques WEILLER, Anne FRIANT-MENDRES, Anne-Marie MONTAUDON, Martine PETERS, Robert FOREAU-FENIER, Vice-Président(e)s, Jacques VARIN, Secrétaire général, Jean-Paul BEDOIN, Secrétaire-général adjoint.

L’ANACR Oise s’associe à ce message et partage la douleur de la famille à
qui elle adresse ses sentiments les plus affectueux.

Figure de la Résistance, Cécile Rol-Tanguy nous a quitté aujourd’hui…

 

L’ANACR-Oise partage avec tous les Résistants, tous les amis de la Résistance, tous ceux que cette période de notre Histoire fait réfléchir, une grande tristesse ; elle veut, en présentant ses condoléances à la famille de Cécile Rol-Tanguy, lui exprimer aussi son immense respect.

Rappeler la vie et l’engagement de Cécile Rol-Tanguy est certainement le meilleur hommage que nous pouvons lui rendre. Voici la biographie que lui consacre le Maitron avec, en début, un résumé qui est ,dans sa concision, la marque du Maitron. Une vie ne peut se réduire à deux dates et quelques mots clés… Mais ces trois mots, sténo-dactylo, communiste, Résistante, dessinent bien la trame de sa vie avec les mots courage et famille…  

rol-tanguy_cecile

Née le 10 avril 1919 à Royan (Charente-Maritime), morte le 8 mai 2020 à Monteaux (Loir-et-Cher) ; sténo-dactylo ; militante communiste ; résistante.

Fille de Germaine et François Le Bihan ouvrier électricien qui mourra en déportation, née à Royan, Cécile Le Bihan passa son enfance au Vésinet (Seine-et-Oise), puis à Paris à partir de 1933. Son père, ouvrier électricien, était syndicaliste et militant communiste. Titulaire du Brevet élémentaire, Cécile suivit le cours Pigier de sténodactylo et fut embauchée en novembre 1936 au Syndicat des métaux CGT de la région parisienne, où elle rencontra Henri Tanguy. Elle grandit avec le militantisme paternel, le domicile familial hébergeant des dirigeants communistes étrangers en transit, mais son propre engagement fut très lié aux luttes sociales et antifascistes des années 1930. Elle adhéra en 1936 à l’Union des jeunes filles de France, puis, en 1938, au Parti communiste. Elle devint la marraine de guerre d’Henri Tanguy, avec qui elle se maria le 15 avril 1939.

Comme pour nombre de militants, par-delà le pacte germano-soviétique et le tournant stratégique du PC à l’automne 1939, l’antifascisme demeura sa motivation profonde et la répression anticommuniste – son père fut arrêté le 15 avril 1940 – conforta sa conviction que la guerre était d’abord menée contre la classe ouvrière. L’hiver 1939-1940, Henri Tanguy mobilisé, Cécile Tanguy ne conserva que de rares contacts militants. Celui de Marcelle Gautier, femme du trésorier du Syndicat des Métaux clandestin depuis que sa direction avait refusé de désavouer le pacte germano-soviétique, s’avéra essentiel : grâce à cette liaison, Henri Tanguy démobilisé reprit contact dès le 19 août avec Gautier, puis fut prévenu le 5 octobre de l’arrestation de celui-ci et entra immédiatement en clandestinité. De l’automne 1940 au printemps 1941, Cécile Tanguy frappa des stencils et assura des liaisons pour les comités populaires des métallos, dont Henri fut l’un des responsables.

A partir de juillet 1941, Cécile Tanguy, successivement Jeanne, Yvette, Lucie, joua un rôle essentiel auprès d’Henri quand celui-ci devint responsable, militaire ou politique, de directions interrégionales des premiers groupes armés, puis des FTP. Secrétaire, elle frappa tracts, directives, rapports à la direction nationale FTP, voire journaux (le Franc-tireur parisien). Agent de liaison, elle assura de 1941 à 1943 le contact avec Marcel Paul*, puis avec les membres des triangles de direction à Paris : Raymond Losserand* et Gaston Carré*, puis Roger Linet* et Raymond Colin*, enfin Joseph Epstein* et Edouard Vallerand* ; avec des responsables FTP dépendant de la direction interrégionale : en Anjou Maurice Lacazette* et Marcel Hamon*, à Paris Boris Holban* ou Boris Milev, de la MOI ; avec la direction nationale FTP, Eugène Hénaff*, Georges Vallet*, René Camphin*, Georges Tessier*, Albert Ouzoulias*, Pierre Le Queinnec*, d’autres. Parfois directe, la liaison s’effectuait souvent par l’intermédiaire des agents des militants contactés, Émilienne Gallicier*, Fernande Linet*, Carmen Gérard, Andrée Grenet, Germaine Hénaff* et sa sœur Simone Gauthier, Jeannine Jugeau, Régine Lacazette*, France Lepage, Angèle Mercier, Cécile Ouzoulias, Cécile Rinaldi, Paulette Berger, Suzanne Vallerand, toutes jeunes femmes communistes sans qui les directions n’auraient pu fonctionner. Il arriva aussi à Cécile Tanguy de transporter tracts et journaux clandestins, armes et explosifs, parfois dans le landau de leur fille Hélène, née le 28 mai 1941. Car le couple préserva un espace de vie familiale, en dépit des nombreux déplacements et de fréquentes séparations de domicile. Il cohabita cependant à Quinçay près de Poitiers à l’automne 1942, puis à Antony après le retour à Paris en mars 1943. Leur fils Jean, naquit à Antony le 13 novembre 1943.

Lorsque Henri Tanguy fut versé aux FFI (automne 1943) puis devint en juin 1944, sous le nom de colonel Rol, chef régional des FFI d’Ile-de-France, Cécile continua à remplir sa double fonction. Elle frappa les ordres du chef régional et assura ses liaisons avec le général Malleret-Joinville, chef d’état-major national des FFI, les colonels Avia et Villate, de l’état-major régional, les états-majors départementaux FFI, la direction nationale FTP, plus rarement Pierre Villon*, représentant Front national au COMAC, ou André Tollet*, président du CPL. Pendant l’insurrection parisienne, Cécile Tanguy vécut dans le PC souterrain de Denfert-Rochereau, comme l’équipe de dactylos de l’État-major. Le 28 août 1944, elle était la seule femme invitée à la réception du général de Gaulle au Ministère de la Guerre.

Au lendemain de la Libération, alors qu’Henri Tanguy, désormais Rol-Tanguy – le patronyme sera officialisé en 1970 – rejoignait le général Koenig au Gouvernement militaire de Paris et commençait une carrière militaire, Cécile fut notamment chargée d’organiser le service social de l’état-major régional FFI, créé en octobre 1944, et qui fut intégré dans l’armée régulière en mars 1945. Dès lors, et jusqu’à la mise à la retraite d’office d’Henri en mai 1962, Cécile Rol-Tanguy resta au foyer, s’occupant en toute priorité des enfants. La famille s’agrandit avec les naissances de Claire (2 octobre 1946) et de Francis (18 juillet 1953).

Adhérente du Parti communiste, elle fut membre de l’Union des femmes françaises (UFF). Engagée depuis fort longtemps pour la mémoire des antifascistes et des résistants, Cécile Rol-Tanguy est très souvent intervenue en divers lieux depuis le décès d’Henri le 8 septembre 2002. Médaillée de la Résistance en septembre 1945, homologuée lieutenant FFI en janvier 1946, chevalier de la Légion d’honneur en avril 1984, elle était promue officier de la Légion d’honneur par le président Jacques Chirac en janvier 2003.

Cecile_Rol-Tanguy_en_2015

 

 

 

 

Lors de la présentation du Dictionnaire des fusillés, le 7 mai 2015 à l’auditorium de l’Hôtel-de-Ville de Paris.

Cliché Alain Bouyssy

 

Sources : https://maitron.fr/spip.php?article172912, notice ROL-TANGUY Cécile, née LE BIHAN par Roger Bourderon, version mise en ligne le 9 mai 2015, dernière modification le 8 mai 2020.

*Les biographies des personnes dont les noms sont suivis d’un astérisque sont documentés dans le Maitron en ligne.

 

8 mai 2020 bien particulier pour cause de confinement…

Tout comme ce fut le cas pour la journée nationale du souvenir des victimes et des héros de la Déportation le 26 avril, la commémoration de la fin de la seconde guerre mondiale, ce vendredi 8 mai 2020 se fera sans public et sans doute sans les associations représentatives : 5 personnes maximum et curieusement 1 seule gerbe ! Heureusement certaines villes ont prévu de faire participer la population par Facebook ou sur leur site… Le préfet de l’Oise, dans sa circulaire du 24 avril qui fixe ces règles rappelle que le président de la République invite les Français à pavoiser leurs balcons et leurs fenêtres.

Il y a 75 ans, la seconde guerre mondiale prenait fin en Europe avec, le 8 mai 1945, la capitulation de l’Allemagne nazie. La guerre se prolongera en Orient jusqu’en août avec le lancement par les Américains des bombes atomiques sur Hiroshima le 6 août et sur Nagasaki le 9 août. La capitulation du Japon a suivi, signée officiellement le 2 septembre. Une date qui mèle la fin définitive des combats à l’horreur de ces bombardements et qui  n’est pas commémorée, du moins pas en France…

L’UFAC (Union Française des Associations de Combattants et victimes de guerre) regroupe 32 associations dont l’ANACR. Ces associations, dont vous trouverez ICI la liste , œuvrent pour le maintien de la mémoire et pour l’aide aux anciens combattants. A l’occasion de ce 8 mai 2020, voici le message de l’UFAC :

messageUFAC8mai2020Vous pouvez le télécharger en cliquant ICI 

 

Le chant des Marais : le chant des déportés

Aujourd’hui journée nationale du souvenir des victimes et des héros de la Déportation, nous évoquons en hommage Le Chant des Marais.

Ce chant créé par des communistes prisonniers en 1933 dans le camps de concentration de Börgermoor en Basse-Saxe. Ces militants, détenus à la suite des lois spéciales promulguées le lendemain de l’incendie du Reichstag dans la nuit du 27 au 28 février 1933, devaient extraire la tourbe  dans les marais autour du camp mais avaient le droit de se réunir pour des activités culturelles -quand ils leur restaient des forces.  Ils ont été libérés un an plus tard et certains ont choisi l’exil. C’est ainsi que ces paroles ont été publiées puis qu’une adaptation musicale a été faite par le compositeur Hanns Eisler, collaborateur musical de Berolt Brecht, lui aussi en exil. Ce chant repris par les Allemands engagés dans les Brigades internationales en Espagne est devenu ensuite, passant d’un camp de concentration à un autre le Chant de tous les Déportés, en allemand Moorsoldatenlied, « chanson des soldats de marécage », ou Börgermoorlied, « chant de Börgermoor 

Mémorial à l’entrée du site du camp de concentration de Börgermoor : la pierre présente les paroles du 1er couplet et du refrain.

Le chant a été interprété par de nombreux artistes de Paul Robeson à  Lény Escudero. Il est devenu un chant militaire et a accompagné Simone Veil lors de l’hommage aux Invalides. Et voici une interprétation très émouvante de Louise Combes au cours d’un concert à Saint Roman de Codières même si le son n’est pas parfait… 

Et voici les paroles, ou du moins une des versions, de ce chant :

l
Loin vers l’infini s’étendent
De grands prés marécageux
Et là-bas nul oiseau ne chante
Sur les arbres secs et creux

Refrain
Ô terre de détresse
Où nous devons sans cesse
Piocher, piocher.

II
Dans ce camp morne et sauvage
Entouré de murs de fer
Il nous semble vivre en cage
Au milieu d’un grand désert.

III
Bruit des pas et bruit des armes
Sentinelles jours et nuits
Et du sang, et des cris, des larmes
La mort pour celui qui fuit.

IV
Mais un jour dans notre vie
Le printemps refleurira.
Liberté, liberté chérie
Je dirai : « Tu es à moi. »

Dernier refrain
Ô terre enfin libre
Où nous pourrons revivre,
Aimer, aimer.