La rencontre « Poètes de la Résistance » organisée par la bibliothèque de Lamorlaye, l’association Au coin des poètes de Morlacca (ancien nom de Lamorlaye) et l’ANACR-Oise, samedi 27 mai à la bibliothèque, a réuni une douzaine de participants.
Lucienne Jean, ici en tant qu’adhérente de l’ANACR-Oise, a rappelé la signification de la Journée Nationale de la Résistance, créée sous la présidence de François Hollande en 2013, la date symbolique du 27 mai ayant été choisie à la demande des associations représentants les Résistants ; c’est en effet , le 27 mai 1943, que fut créé le Conseil National de La Résistance, il y a 80 ans ! Cette rencontre à Lamorlaye fait partie du travail de mémoire qui est la principale mission de l’ANACR-Oise : avec Au coin des poètes de Morlacca, sera évoquée la part, très importante, des poètes, et des intellectuels en général, dans la Résistance.
Après un rapide rappel du contexte de ce début d’année 43, victoires des alliés avec l’opération Torch en Afrique du Nord et la capitulation allemande devant Stalingrad, renforcement de répression avec la création par le régime de Vichy de la milice et du STO, elle a raconté comment s’est faite la réunion des responsables de 16 organisations résistantes (mouvements, partis, syndicats, autour de Jean Moulin, au 48 de la rue du Four à Paris. Cette réunion a consacré l’union de toutes ces organisations pour un combat commun contre l’occupant et créé le Conseil National de la Résistance sous l’égide du Général de Gaulle.
Dans la clandestinité, dans un contexte de répression renforcée, Jean Moulin avait rempli la 3ème mission que lui avait confiée de Gaulle : après la création de l‘Armée secrète en zone sud en septembre 42, après la création des MUR, les Mouvements unis de la Résistance, union de 3 grands mouvements de la Résistance de la zone sud en janvier 43, la création le 27 mai 43 du Conseil National de la Résistance qui, en unissant la France Libre et la Résistance intérieure, apportait au général de Gaulle une légitimité indispensable pour s’imposer contre le général Giraud en Afrique du Nord et pour imposer la France comme une nation combattante aux côtés des alliés.
Au coin des poètes de Morlacca et la poésie ont pris ensuite la parole avec Hervé Moula, Roberta Goldblum et Lucienne Jean, chaque poème permettant d’évoquer ce combat des poètes dans la Résistance dont le rôle était pris au sérieux par les alliés puisque de nombreux textes ont été parachutés par la RAF.


Voici les poèmes qui ont été lus :
- Paris de Jules Supervielle (1884 1960)
- O pays nommé France de Jean Tardieu (1903-1995)
- Richard II Quarante de Louis Aragon (1897-1982) – extraits
- 1940 de Gabriel Audisio (1900-1978)
- Courage de Paul Éluard (1895-1952)
- BBC : Ici Londres, Les Français parlent aux Français Et voici d’abord quelques messages personnels
- Ode à Londres de Philippe Soupault (1897-1990) – extraits
- La Complainte du partisan d’Emmanuel d’Astier de la Vigerie (1900-1969) pour les paroles et de Anna Marly (1917-2006) pour la musique. suivi de l’interprétation par Les Compagnons de la Chanson
- Les fusillés de Châteaubriant de René Guy Cadou (1920-1951)
- L’Agent de liaison de Jean Marcenac (1913-1984)
- Couplets de la rue Saint-Martin de Robert Desnos (1900-1945)
- Tous mes amis sont morts de Édith Thomas (1909-1970)
- Je trahirai demain de Marianne Cohn (1922-1944)
- Le veilleur du Pont-au-Change de Robert Desnos – extraits
- Tuer de Paul Eluard
- La rose et le réséda de Louis Aragon (1897-1982)
- Sonnet V de Jean Cassou (1897 – 1986)
- Liberté de Paul Éluard (1895-1952) suivi de l’écoute de ce poème dit en allemand



Tous les poèmes lus sont tirés de l’anthologie d’Alain Guérin Cents poèmes de la Résistance – éditions Omnibus – 2008

La répression devenue plus dure en 1943 a été évoquée par Lucienne Fabre-Sébart (plaquette N°30 de l’ANACR-Oise) : 1943 fut une année terrible pour les Résistants car la répression se faisait plus dure au fur et à mesure que l’armée allemande essuyait des échecs, souvent écrasants sur le front russe. Leur armée se disloquait, alors ils semèrent la terreur. (page 20)
Elle a aussi dit : les grosses crises de conscience des camarades. Il faut lutter, lutter sans cesse, sous toutes les formes ; et oui ! il fallait tuer, tuer des Allemands, tuer des hommes ! […] Ce fut long pour admettre ce mot « tuer ». (page 33)
C’est ce que dit Paul Eluard dans le poème Tuer ; et c’est aussi ce que montre très bien le film Section spéciale de Costa-Gavras diffusé le 6 mai à Lamorlaye par l’ALMA et le Cinéclub : on y voit, avant l’attentat du métro Barbès, le futur colonel Fabien et ses camarades prendre la difficile décision de tuer de sang-froid.
Nous publierons prochainement le compte-rendu des autres manifestations organisée dans l’Oise pour la Journée Nationale de la Résistance et le 80e anniversaire de la création du Conseil National de la Résistance.
Toute cette semaine, à Pont-Sainte-Maxence : l’exposition Les femmes aussi, la Résistance des femmes en Picardie, le vendredi 2 juin, la projection du film Les Jours heureux de Gilles Perret et le samedi 3 juin, la lecture théâtralisée Paroles de Résistants

