
(Une erreur sur les dates a été corrigée le 26 septembre…)
Vendredi 19 septembre Hélène Boulanger, présidente de l’ANACR-Oise, a participé à l’inauguration de l’exposition présentée par le Mémorial de l’internement et de la déportation de Royallieu. Dans la seconde partie de la visite, quand l’exposition aborde le retour des déportées, Hélène Boulanger a lu un passage du témoignage de sa mère Lucienne Fabre-Sebart qui fut une grande résistante successivement dans l’Oise (elle habitait Nogent-sur-Oise), le Calvados, l’Eure-et-Loir, la Somme et enfin Paris auprès de l’état-major des FTP au moment de la libération de Paris :
Fin avril 1945, on nous annonça qu’un train de femmes déportées devait arriver gare de Lyon. C’était le premier convoi de déportées qui revenait en France. Nous étions tous et toutes là pour accueillir nos amis, Gare de Lyon, ce jour-là, à 11 heures du matin ! Près de moi on installa une tribune ceinte du drapeau tricolore car le Général de Gaulle venait d’arriver pour souhaiter la bienvenue aux femmes de ce train…
Brusquement un silence de mort, le train arrivait lentement en gare. Nous eûmes brusquement la vision de squelettes déambulant doucement, amorphes, hébétés, les yeux vides, regardant sans voir. Je garde de cette arrivée de déportées en Gare de Lyon une douloureuse impression… À côté de moi, le Général de Gaulle qui ne s’attendait certainement pas à voir une telle détresse humaine, demanda qu’on range la tribune et, visiblement ému, il repartit sans dire un seul mot. Claude DAUPHIN, l’acteur bien connu, cherchait sa femme Rosine DEREAN, belle actrice d’avant-guerre, parmi les rescapées. Il ne la reconnut pas tant elle était méconnaissable.
Une femme au milieu de cette foule se mit à crier : « Je suis Martha DESRUMEAUX*, les nazis ne m’ont pas eue » !
Jacques DUCLOS et André MARTY, ses amis, l’emmenèrent fraternellement. Elle était originaire du Nord de la France. Déportée, elle eut un moral d’acier dans les camps. Certaines femmes très éprouvées tenaient encore sur leurs jambes, d’autres complètement à bout arrivèrent à Paris pour y décéder.
Notre service civique [ Lucienne Fabre-Sébart s’y est engagée juste après la libération de Paris] fut très utile pour aider les rapatriés et leurs familles. nous emmenions tous les déportés à l’hôtel Lutécia pour les examiner, les soigner, les restaurer et les habiller. Nous leur remettions un peu d’argent pour qu’ils puissent retourner chez eux. La plus pénible situation était pour celles et ceux que personne n’attendait plus. Familles décimées par la guerre. Lorsque personne ne vous attend plus c’est l’écrasement total, la détresse physique, la détresse morale, la détresse sentimentale. Dans leurs yeux vides, sans vie, désespérés, on pouvait cependant y lire tout le drame qu’ils venaient de vivre dans un enfer insoupçonné de beaucoup d’entre nous.»
Ce texte est extrait des souvenirs rédigés à l’intention de sa famille par Lucienne Fabre-Sébart ; elle lui a donné un titre révélateur de sa personnalité et de son engagement : J’ai choisi. Pages de la Résistance N° 30-31, Hommage à Lucienne Fabre-Sébart, cite de nombreux extraits de son texte.
Samedi 20 septembre, il y a eu une conférence sur Les femmes dans la Résistance par Frédérique Neau-Dufour, historienne française, docteure en histoire contemporaine, actuelle cheffe de projet de la stratégie mémorielle de la région Grand-Est et ancienne directrice du Centre européen du Résistant Déporté (CERD), centre installé sur le site de l’ancien camp de concentration de Natzweiler-Struthof.
Un autre aspect de la guerre était présenté mardi 23 septembre par la médiathèque de Saint-Leu d’Esserent : une présentation de l’utilisation par les Allemands, à partir de 1943, des carrières du Couvent et de Saint-Christophe à Saint-Leu d’Esserent pour y stocker les V1 venant d’Allemagne avant de les acheminer sur les site de lancement sur la côte de la Manche. Sur ce site deux Alsaciens « malgré-nous » Joseph Reith et Pierre Michel étaient enrôlés dans l’armée Allemande ; le fils de Pierre Michel était présent et a évoqué le parcours de son père qui avait travaillé, avec Joseph Reith, pour la Résistance locale au sein même de l’armée allemande. Une conférence passionnante faite par Stéphane Spitz et beaucoup d’émotion et de souvenirs partagés avec le fils de Pierre Michel.
