MESSAGE DE L’ANACR POUR LA JOURNEE DE LA RESISTANCE

Il y a 75 ans, le 27 mai 1943, après des mois d’efforts pour surmonter des difficultés de tous ordres, se tint à Paris, 48 rue du Four, la réunion constitutive du Conseil National de la Résistance, le CNR. Elle rassembla, sous la Présidence de Jean Moulin, le Préfet républicain de Chartres, révoqué le 2 novembre 1940 par l’administration pétainiste, et qui avait voué ses efforts à cette unification, les 8 principaux mouvements de Résistance  – 5 de la zone Nord (Front National pour la Libération et l’Indépendance de la France, Organisation Civile et Militaire, Libération-Nord, Ceux de la Libération, Ceux de la Résistance), occupée par la Wehrmacht nazie depuis l’Armistice de juin 1940, et 3 de la zone Sud (Combat, Franc-Tireur et Libération-Sud), envahie par les Allemands le 11 novembre 1942 – ainsi que les 6 partis clandestins (communiste, socialiste, radical, démocrates-chrétiens, Fédération républicaine et Alliance démocratique) et les deux centrales syndicales CGT et CFTC.

Depuis le 10 juillet 1940, à la faveur de la défaite face à l’envahisseur, Pétain, répudiant la République, avait installé un régime félon, celui dit de l’Etat Français, qui se mettra aux ordres de l’occupant jusque dans la mise en œuvre d’une répression contre les démocrates, les patriotes qui, par dizaines de milliers, seront pendant plus de quatre ans pourchassés, torturés, fusillés et massacrés, par dizaines de milliers déportés dans les camps de concentration, et qui s’associera aux persécutions raciales antisémites  décidées par les nazis, telle le 16 juillet 1942 la sinistre «Rafle du Vel d’Hiv», qui aboutiront à la déportation de plus de 70 000 hommes, femmes et enfants de France vers les camps de la mort ; d’où bien peu revinrent.

 Ce sont dans les conditions différenciées d’une France divisée en deux par la ligne de démarcation qu’étaient nés, dès les premiers jours de l’automne 1940, les premiers groupes, réseaux et mouvements de Résistance, qui, s’étant développés, seront à sa création membres du Conseil National de la Résistance (le CNR) ; et que parurent ou reparurent dans la clandestinité des journaux – parfois homonymes de mouvements – tels «Libération», «Combat» ou «Franc-Tireur», mais aussi «Défense de la France», «l’Humanité», «Témoignage Chrétien», «le Populaire»… Ainsi, sur le sol national occupé, des femmes et des hommes refusant la capitulation, l’occupation du pays, l’assassinat de la République et la suppression des libertés, avaient, au prix de lourds sacrifices, affirmé leur volonté de poursuivre le combat. Le 21 août 1941, en abattant au métro Barbès à Paris, un officier de la Kriegsmarine allemande, Pierre Georges, le futur «colonel Fabien», avait initié la lutte armée contre l’occupant, laquelle vint s’ajouter aux activités de renseignement et à la propagande clandestine, avant que ne se forment les premiers maquis.

Et, dès l’été 1940, à l’extérieur du pays, l’Appel du général de Gaulle lancé depuis Londres le 18 juin avait rassemblé autour de lui les premiers Français libres. La France libre, qui rallia en Afrique, en Asie et dans le Pacifique plusieurs territoires alors de souveraineté française, reconstitua des forces armées terrestres, navales et aériennes françaises libres, qui participeront aux côtés des Alliés américains, britanniques et soviétiques à la lutte contre l’Allemagne nazie, l’Italie fasciste et le Japon militaro-fasciste japonais, contribuant, le moment venu, à la libération de la France et à la victoire sur les fascismes.

La création du CNR ce 27 mai 1943, se plaçant sous l’autorité du Comité National Français présidé par le Général de Gaulle, allait renforcer la légitimité du Chef de la France libre auprès des Alliés. «J’en fus à l’instant plus fort» dira-t-il, car il représentait ainsi la France Combattante tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays. Elle allait aussi permettre, en unifiant toutes les forces de la Résistance, la mise en place dès la fin 1943 des Comités locaux et départementaux de la Libération, la création début 1944 des Forces Françaises de l’Intérieur (FFI), la publication le 15 mars 1944 du Programme du CNR, dont nombre des avancées découlant de sa mise en œuvre à la Libération sont encore présentes dans notre vie démocratique et sociale.

C’est pourquoi cette date du 27 mai a été retenue pour être la «Journée Nationale de la Résistance», inscrite désormais depuis 2013 dans le calendrier mémoriel officiel de la Nation.

Rappeler, ce 27 mai, comme nous y invite la loi instituant la Journée Nationale de la Résistance, plus particulièrement dans les établissements scolaires, les valeurs humanistes, démocratiques et patriotiques qui inspirèrent le combat de la Résistance, s’inscrit non seulement dans le devoir de mémoire à l’égard de celles et ceux qui ont combattu – et souvent sont tombés – pour la Liberté, mais c’est aussi répondre au besoin de mémoire, dans un monde qui connaît toujours les guerres, le racisme, la xénophobie, les atteintes aux libertés et à la dignité humaine, la torture, la résurgence du fascisme, les actes de barbarie du terrorisme qui ont frappé la France et plusieurs autres pays, tous fléaux contre lesquels il faut se dresser sans faillir.

La Présidence de l’ANACR :

Cécile ROL-TANGUY              Henriette DUBOIS                 Pierre MARTIN

Association Nationale des Anciens Combattants et Ami(e)s de la Résistance

79, rue Saint-Blaise – 75020 PARIS –  Tél  : 01.44.64.90.08

Association loi 1901 non assujettie

Email : anacresistance@wanadoo.fr

 

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Avant la journée Nationale de la Résistance, voici deux évocations de la Résistance

Dans quelques jours, le 27 mai nous célèbrerons partout en France et tout particulièrement dans les écoles, les collèges et les lycées la Journée Nationale de la Résistance.

Avec un peu d’avance voici deux documents qui chacun à sa façon rendent hommage à la Résistance et aux Résistants.

Il s’agit du texte lu par les élèves de Mathilde Marguerith le 23 mars dernier lors de l’inauguration du nouveau nom donné à leur salle d’histoire « Lucienne Fabre-Sebart » et d’un article paru dans « Le Patriote Résistant », mensuel de la FNDIRP (Fédération nationale des déportés et internés résistants et patriotes), signé par son président Raymond Lovato, relatant la première attaque contre les nazis réalisée par la Résistance à Compiègne le 1er mai 1942.

Voici cet article :  Cliquer ICI pour le télécharger

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Et le texte des élèves de la classe « Lucienne Fabre-Sebart »

Aujourd’hui nous sommes réunis aujourd’hui pour célébrer la Résistance, pour rendre hommage à une grande dame qui a tant oeuvré pour la Libération du pays.
Nous rendons en effet hommage à Mme Lucienne Fabre-Sébart qui comme ses camarades résistants, a combattu pour défendre une idée qu’ils jugeaient plus grande qu’eux : celle d’une France libre.
Nous, jeunes adolescents, nous voulons témoigner de notre gratitude pour le sacrifice de ces résistants, de ces soldats de l’ombre. Mme Lucienne Fabre n’a pas hésité à quitter sa famille, à rejoindre la clandestinité.
On a réfléchi cette année sur l’engagement : résister, dire non, désobéir pour défendre des valeurs et des idées.
Nous avons été admiratifs et fascinés face aux actions de Mme Fabre.
Porter des tracts, des messages, livrer des journaux clandestins, parcourir la zone occupée à vélo, cela nous apparait comme des actes extraordinaires. Pourtant Mme Fabre comme des centaines de résistants a agi dans l’ombre.
Cette année nous avons travaillé avec nos professeures de français et d’histoire sur la place de la femme dans l’histoire et sur les luttes menées pour qu’elles obtiennent plus de droits. Ce qui nous parait évident aujourd’hui, est évident, car des femmes se sont battues.
Et Mme Fabre fait partie de ces femmes qui ont agi, qui ont dit non.
Pourtant les femmes résistantes n’ont pas été assez reconnues. Elles auraient représenté 20 % des membres de la Résistance, mais on compte seulement six femmes parmi les 1038 Compagnons de la Libération et elles représentent à peine 10 % des médaillés de la Résistance.
Mme Fabre a reçu la légion d’honneur l’an dernier. Nous sommes fiers aujourd’hui de lui rendre un hommage dans notre collège.
A partir de ce jour, à chaque fois que nous entrerons dans notre salle, nous aurons une pensée pour Mme Fabre et pour ses camarades résistants.
Nous ferons désormais cours d’histoire dans la salle Lucienne Fabre Sébart. Pour tous ceux qui nous suivront après, dans cette salle, cela donnera du sens à leur réflexion sur la guerre, les luttes, la Résistance, l’engagement.

Madame Boulanger, vous êtes la fille de Lucienne. Transmettez-lui s’il vous plaît toute notre gratitude et notre admiration pour ses actions.
Merci d’être venue avec votre époux. Nous sommes touchés.
Aujourd’hui, vous faites le lien avec Lucienne.

Stage ANACR à Saint-Denis du 11 au 13 mai

Le stage est organisé chaque année  à « L’Auberge », lieu de rencontre et d’hébergement de la ville de Saint-Denis. Il s’est déroulé sur 3 jours, les 11, 12, et 13 mai : deux membres de l’ANACR-Oise, Delphine Plouy et Gil Boulanger, l’ont suivi avec 13 autres participants hors animateurs.

La qualité des intervenants, le contenu des interventions très riche et fort documenté font de cette cession un point d’appui pour la compréhension de ce que fut la Résistance, pour la transmission de la mémoire et pour la mise en œuvre de nos travaux dans nos comités respectifs.

Un exemple de

Un moment fort fut la cérémonie à la stèle de Jean Moulin. Un grand moment d’émotion a été pour  Gil  l’hommage rendu à Auguste Gillot, membre du CNR et ancien maire de Saint-Denis après la libération. Durant cet hommage, au rond-point de la Résistance du cimetière de Saint-Denis, Il a pu se recueillir avec Delphine sur la sépulture de Roland Vachette, fusillé par les nazis dans cette ville et originaire de Nogent-sur-Oise, camarade de Lucienne Fabre, sa « Mamé Lulu » qui vient de nous quitter…

Voici avec le programme de ces 3 jours, un aperçu des thèmes abordés :

Prog Stage ANACR 2018

La fête de la paix à Montataire – La commémoration du 8 mai 1945 à Lamorlaye – Les hommages du PCF à Lucienne Fabre

Dimanche 6 mai, à la fête de la Paix à Montataire, notre stand a accueilli plusieurs personnes à qui nous avons pu présenter le travail de notre association.

Le mardi 8 mai, pour la première fois, l’ANACR était représentée à Lamorlaye où Lucienne Jean a pu déposer une gerbe devant le monument aux morts et  lire un message au nom de l’ANACR-Oise. Pour une raison qui nous a échappé, l’ANACR a été appelée à lire son message à la fin de la cérémonie alors que l’UMRAC de Lamorlaye avait parlé au tout début : il parait que la place qui nous avait été attribuée ne respectait pas le protocole ; a posteriori il nous semblerait en effet plus logique que les deux associations d’anciens combattants interviennent l’une après l’autre… Nous espérons que cet écart au protocole, qui n’était pas de notre responsabilité, n’a choqué personne !

L’Humanité a consacré une pleine page pleinement méritée à Lucienne Fabre et sur le site du PCF de l’OISE vous trouverez un reportage sur la cérémonie de ses obsèques le 16 avril avec  le discours de Thierry Aury, celui de l’adjointe de la mairie de Nogent-sur-Oise, la déclaration d’Alain Blanchard au nom de l’ANACR-Oise et des messages de nombreuses personnalités. Pour y accéder : cliquez ICI. De même, Oise-Avenir du 26 avril lui consacre un grand article . Pour y accéder : cliquez ICI.

l'Humanité-12-04-2018 Grande dame de la Résistance a

Les 5 et 6 mai : la fête de la Paix à Montataire avec un stand de l’ANACR le dimanche

Attention le lieu n’est pas celui de l’an dernier ! Cette année la fête s’installe dans l’espace du centre aéré de Montataire, en haut, près de la vieille église et du cimetière.

L’ANACR tiendra un stande le dimanche 6 mai avec son exposition sur le Conseil National de la Résistance  (CNR) créé il y a 75 ans. Vous y trouverez aussi nos plaquettes  ( 27 à ce jou) et un fascicule édité par l’ANACR sur le CNR

Pour télécharger le programme de la fête de la Paix en PDF:  CLIQUER ICI

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Nombreux et émus, autour de Lucienne Fabre-Sébart pour la dernière fois…

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Beaucoup de monde au cimetière de Nogent-sur-Oise, ce lundi 16 avril 2018, pour les obsèques de Lucienne Fabre-Sébart où de très nombreux porte-drapeaux entouraient le cercueil recouvert du drapeau tricolore.

Une adjointe du maire de Nogent-sur-Oise a d’abord pris la parole puisque Lucienne Fabre-Sébart est née à Nogent-sur-Oise et y a vécu longtemps après la guerre.

Puis ce fut au tour de Thierry Aury, représentant le Parti communiste, d’évoquer Lucienne,  communiste dès le Front populaire, fidèle toujours et toujours libre. Thierry Aury a conclu par cette très belle citation de Jean Paulhan:

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Alain Blanchard a ensuite retracé le parcours de Résistante de Lucienne Fabre-Sébart, parcours qu’elle n’a jamais abandonné : car témoigner était important pour elle autant pour porter les valeurs de la Résistance que pour maintenir la mémoire des sacrifices consentis par « ses camarades ».

Une de ses petites-filles a ensuite évoqué avec  beaucoup d’émotion Mamé, la grand-mère que fut aussi Lucienne.

La compagnie Souffler n’est pas jouer, qui a tant travaillé avec Lucienne pour construire avec d’autres Résistantes de Picardie l’exposition et le spectacle Les femmes aussi (joué la veille à Saint-Maximin) a chanté Le chant des partisans et le premier couplet de La Marseillaise.

Voici l’hommage à Lucienne Fabre Sébart prononcé par Alain Blanchard, président de l’ANACR-Oise, le 16 Avril 2018, au Cimetière de Nogent-sur-Oise :

 Mesdames et messieurs,

Je voudrais vous dire tout d’abord, combien les membres de notre association l’ANACR, nous sommes tristes et frappés par la disparition de notre camarade Lucienne Fabre-Sébart.

Cette tristesse, sincère et profonde nous voulons la partager avec ses enfants, nos amies ; Claire, Renée, Hélène et Claudie, ses petits et arrières petits enfants, ses proches, tous les siens, que nous saluons fraternellement.

Car si Lucienne Fabre est cette grande dame de la Résistance, elle fut l’épouse de Raymond, trop tôt disparu, elle est mère frappée durement, avec les siens par la perte d’un fils, grand mère, arrière grand mère, la doyenne d’une belle famille, une amie et camarade, une personne reconnue pour ses valeurs et ses mérites, ses sentiments, ses qualités humaines, son courage, et cette inlassable volonté de transmettre et de partager.

Une grande dame de la Résistance ; c’est ce qui est acté par le certificat délivré par Marcel COENE, Maire de Montataire, en 1950, au nom des Forces Française de L‘Intérieur (FFI) que je cite:

« Lucienne FABRE née SEBART, a participé activement à organiser la Résistance dans notre département à nos cotés,  sous la direction de Mr Marcel DENEUX mort en déportation et de Mr Edmond LEVEILLE assassiné à Amiens.

Très jeune à cette époque elle servi dans des missions très périlleuses servant de liaison entre les divers groupes organisés, a transporté des armes et organisé la solidarité pour venir en aide aux familles éprouvées par la répression. Jeune patriote courageuse elle fut la première jeune fille à participer à la Résistance ouverte dans notre département dés 1940. »

C’est aussi l’insigne de chevalier de la légion d’honneur, au titre des anciens résistants particulièrement valeureux, qui te fut remise dans ta commune d’Angicourt, des mains de Mr le préfet de l’Oise, le 27 mai dernier, jour que tu avais choisi car journée nationale de la Résistance.

Cette médaille qui venait compléter, celles d’Engagé volontaire de la guerre 39-45, de la Croix du combattant volontaire, celle de l’office Républicain des Mérites Civiques et Militaires, celle de ton association l’Anacr « Résistance et fidélités » et le diplôme d’honneur des combattants de l’Armée Française*.

Tu évoques parmi tes premiers souvenirs marquants, la jeune fille ouvrière, de quinze ans, dont le front populaire changea la vie dure, comme celle de nombre de Français alors, en vie plus douce, plus joyeuse. Mais aussi la Guerre d’Espagne qui commence, les nuages noirs de la guerre civile, le terrain des premiers ravages du fascisme qui s’installe alors, par la voie des élections, en Allemagne, en Italie et ailleurs dans le monde.

Tu avais à peine vingt ans, sous les prémices d’une guerre mondiale, alors que commencent les premières privations des libertés, les premières arrestations et condamnations, dès 1939 et début 1940, l’interdiction du parti communiste français, dont celui qui allait devenir ton époux Raymond FABRE, était l’un des membres.

L’invasion de la France par les troupes nazies, l’horreur de l’exode avec tes parents et tes frères, qui vous conduisent jusque dans les Basses Pyrénées, où vous parviennent les nouvelles de la France coupée en deux, de la collaboration du Maréchal Pétain et de ses gouvernements.

Evoquons tes parents ; un père et une mère, tailleurs d’habits, mais porteurs de valeurs et du sens de l’engagement. Une maman courageuse et ses cinq enfants,

Puis c’est le retour à Nogent sur Oise au domicile familial où dans la boite aux lettres, en septembre 1940, tu découvres les premiers tracts clandestins.

Comme beaucoup de tes camarades d’alors tu dis ; « il faut absolument que je fasse quelque chose » et rencontrant Marcel DENEUX militant communiste de Nogent-sur-Oise, tu déclares alors : « j’ai choisi. » La Résistance sut dès lors, qu’elle pouvait compter sur toi, devenue ainsi une Résistante.

Résistante volontaire, au sein des francs-tireurs et partisans français (FTPF) organisation de Résistance créée par le parti communiste français, puis au sein des Forces françaises de l’intérieur (FFI). Résistante dans l’Oise, mais aussi le Calvados, l’Eure-et-Loir, la Somme et à Paris.

Une « épopée glorieuse » à qui, vous le savez tous et toutes, nous devons en grande partie, notre France et nos libertés, mais aussi cinq années où, rappelais-tu sans cesse, « disparurent une montagne d’êtres humains de toutes origines et de toutes opinions. »

Tu n’oublieras jamais : « on y revient toujours » disais-tu.

Cette grande histoire où ta vie fut bien trop souvent en péril, où tu vois tes camarades arrêtés, déportés, torturés, fusillés, c’est celle du courage et des actes multiples dans la clandestinité, où tu empruntes selon, les prénoms de Paule, Laurette, Michèle, Jeanine, où la peur et la volonté se mêlent, où le respect absolu des règles vaut la sécurité et la solidarité avec tes camarades résistantes et résistants, où dans d’incroyables circonstances, on échappe au pire.

Mais tu ne manquais jamais de rappeler la fraternité « les relations affectueuses et humaines » avec tes camarades, la peine immense lors de la  disparition et le sacrifice de trop nombreux d’entre eux, mais aussi la place prise par les femmes dans le mouvement de la Résistance, les manifestations et luttes sociales si durement réprimées, dont on oublie trop souvent la poursuite sous la guerre et l’occupation.

On ne peut tout dire de tes nombreux actes de Résistante ; du transport d’armes à vélo, (y compris à l’intention du colonel FABIEN) à la distribution de tracts et journaux, de la volonté de convaincre à la lutte contre l’ennemi, à la part active prise pour donner vie aux réseaux de résistants. Cette chaine humaine faite de multiples actions qui peuvent sembler limitées, mais qui furent décisives et sous la menace d’indicibles souffrances et du sacrifice de la vie.

Puis ce fut, la libération, les moments de bonheur que tu partages, mais aussi de tristesse qu’elle engendre. Le retour des déportés. Les années de reconstruction, de la mise en œuvre, dans une France dévastée, du programme du Conseil National de la résistance dont nous célébrons -au moment où tu nous quittes- le 75ème anniversaire de la création, le progrès social qu’il permet alors.

Citons d’autres noms de Résistants, qui accompagnèrent ton combat, comme Maurice GENEST, Maria RABATE ou Eugénie GERMAIN.

Ce sont alors tes multiples engagements, celui au sein de notre association que tu rejoins dès sa création au lendemain de la guerre et dont tu es aujourd’hui présidente d’honneur dans l’Oise. Ton engagement pour les droits de la femme en particulier au sein de l’Union des femmes françaises, mais aussi auprès du Secours populaire.

Une rue porte désormais ton nom à Monchy-St-Eloi, reliée à la rue Eugène CAUCHOIS. Et tu t’es battue pour qu’on donne le nom de Roland VACHETTE, à une rue, ici à Nogent. Les noms de camarades de Résistance comme tu veux toujours le rappeler et qui ont été assassinés par la barbarie nazie. Une classe du collège des Bourgogne à Chantilly porte aussi désormais ton nom.

Car il faut aussi parler de ta persévérance pour défendre et promouvoir, les valeurs de la Résistance, participer auprès des jeunes générations en particuliers dans les établissements scolaires à l’indispensable et si beau travail de mémoire.

Te rendre hommage c’est aussi évoquer,  ta vie de jeune mère de famille, auprès de Raymond militant communiste depuis 1929, qui dés le début 1940 fut interné administratif dans divers camps Vichystes, puis à la prison D’Eysses, où il souffrit durant cinq années, avant de s’évader le 6 Juin 1944, avec l’aide des Résistants du département des Alpes Maritimes.

Ta fidélité au parti communiste, vient d’être évoquée par Thierry Aury. Ne disais-tu pas, il y a peu « si elle gagne je meurs » à propos de l’extrême droite.

Pour conclure il faut te citer : « A vingt ans dis tu on rêve, même en pleine guerre, mais ce bruit des bottes me ramenait à la réalité, adieu les rêves !  C’était la vie au jour le jour, l’incertitude du lendemain et petit à petit on devient dur, la guerre c’est la laideur même, la haine appelle la haine et cela n’en finit plus puisque toute la vie on y pense »

Alors chère Lucienne Merci, merci du fond du cœur pour tout, merci d’avoir tant transmis ces belles valeurs de la Résistance, de ta Résistance. Merci au nom de tous ces jeunes gens, des écoles, collèges et lycées et au delà, auxquels tu as donné le sens des valeurs républicaines et citoyennes, le sens de l’engagement.

Et tu peux croire que dans ce monde incertain et violent, dont les menaces et périls sont aussi la réalité, ton combat, celui de la Résistance, nous inspire et nous donne de la force.

Merci Madame Lucienne Fabre Sébart vous étiez une belle personne, reconnue et estimée, une de celles que l’on s’honore d’avoir eu la chance de connaitre, d’avoir croisée ou rencontrée.  Nous ne vous oublierons pas et rappellerons sans cesse les valeurs et l’exemple que vous nous avez légué.

Alain Blanchard

Lancement du week-end sur la Résistance à Saint-Maximin

0Demain dimanche 15 avril à 15h au Centre culturel Louis Aragon à Saint-Maximin : lecture théatralisée Les femmes aussi par la Compagnie Souffler n’est pas jouer

Mais c’est aujourd’hui, 14 avril, que commençait le week-end de la Résistance à Saint-Maximin au Centre culturel Louis Aragon (près de la mairie) : la veille ce sont plus de 70 enfants CE2, CM1 et CM2 qui sont venus voir les expositions.

Voici l’allocution prononcée par Alain Blanchard à cette occasion au cours du vernissage des expositions « Les femmes dans la Résistance en Picardie » prêtée par le Mémorial de Royallieu et conçue par la Compagnie Souffler n’est pas Jouer et de l’exposition de l’ANACR-Oise sur le Conseil National de la Résistance et plus généralement pour le lancement du week-end de la Résistance organisé par la mairie de Saint-Maximin et l’ANACR :

Nous inaugurons cette exposition consacrée à la Résistance et pour une part aux femmes dans la Résistance, au moment ou nous quitte l’une d’entre elle : Lucienne Fabre-Sébart.

Une grande dame ! L’une de celles qui très jeune, 20 ans  à peine, surent s’engager face à l’envahisseur nazi, dans notre département et dès 1940.

Je ne sais pas 78 ans plus tard, si l’on peut prendre la véritable mesure de ce qu’il lui fallut de courage, de volonté et aussi d’amour de la liberté, de conscience de l’abomination nazie, pour partir ainsi au combat, au risque du pire, de la répression féroce, de perdre sa vie, mais pour la liberté, pour ne pas accepter que notre peuple demeure sous l’oppression et la dictature.

Lucienne est aujourd’hui près de nous, elle savait avant de mourir que cette exposition, ce temps consacré -ici à Saint Maximin- à la Résistance se préparait, elle figure parmi ses autres camarades femmes résistantes dans l’exposition qui vous est présentée.

Elle témoignait régulièrement sa vie durant, en particulier auprès des jeunes, de cette page d’histoire majeure que fut la Résistance.
Majeure car si la France fut libérée grâce aux armées alliées et au peuple soviétique, à l’armée rouge, elle le fut aussi grâce à la Résistance populaire.

Lucienne communiste sa vie durant était ainsi fidèle à ses camarades de Résistance,

Fidèle au propos de l’écrivain François Mauriac ; « seule la classe ouvrière est restée dans sa masse fidèle à la patrie profanée »

Je salue fraternellement toute sa famille et particulièrement sa fille Hélène qui malgré cette cruelle disparition est parmi nous et a travaillé à préparer ce moment.

Je vous propose quelques instants de recueillement.

Mesdames et messieurs

Au nom de l’association nationale des anciens combattants et amis de la Résistance, de son comité départemental que j’ai le grand honneur de présider je veux remercier Monsieur le Maire de Saint Maximin et son conseil municipal, de bien vouloir recevoir ces expositions et de consacrer ce temps fort à la Résistance et au 75ème anniversaire de la création du Conseil National de la Résistance, le CNR.

« Un peuple sans passé est un peuple sans avenir » nous dit Aimè Césaire. Certes le temps passe et nous éloigne de ces pages glorieuses. Pourtant les valeurs que défendirent les Résistantes et Résistants nous sont toujours indispensables dans ce monde tourmenté où les conflits et les guerres demeurent, où tant de victimes innocentes meurent encore, où le populisme et le nationalisme, les forces d’extrême droite grandissent, où règnent tant d’injustice, d’inégalités, de misère et de pauvreté.

Prenez connaissance en visitant ces expositions de la place que prirent les femmes en résistant. Le plus souvent elles cachaient, hébergeaient, nourrissaient, approvisionnaient, mais aussi accomplissaient des missions périlleuses de renseignements ou de fournitures d’armes, de liaisons : plusieurs firent le sacrifice de leur vie, périrent assassinées ou en déportation. Elles ont leur place au Panthéon au travers de quatre d’entre elles, même si nous pensons que Marie Claude Vaillant Couturier devrait aussi y figurer.

Regardez, comment fut créé le Conseil National de la Résistance, qui unifia alors sous l’égide de Jean Moulin les différents mouvements de la résistance -celui qui croyait au ciel et celui qui n’y croyait pas- et dont nous célébrons cette année le 75ème anniversaire de sa création.
Ce conseil qui allait permettre non seulement de donner un élan suffisant à la Résistance pour qu’elle contribue de manière décisive à la libération de notre pays, mais aussi d’élaborer un programme de progrès social, démocratique et économique qui, mis en oeuvre à la  libération, sous l’égide du Général de Gaulle et des gouvernements progressistes allait permettre la reconstruction du pays et des avancées majeures pour les Françaises et les Français.

Programme qui porte le doux nom, je cite, « Les jours heureux » et auquel le réalisateur Gilles Peret a consacré un film que je me permet de vous recommander.

Programme dont les forces dominantes de notre époque voudraient, au nom d’un soi disant pragmatisme ou réalisme économique, enterrer définitivement les pages, tant elles allaient dans le sens des conquêtes populaires et du progrès social et démocratique.

N’oubliez pas de voir le film consacré à cette formidable conquête qu’est la sécurité sociale et son instigateur le ministre communiste Ambroise Croizat.

Ni non plus les moments de théâtre consacrés à des lectures sur la Résistance avec la belle compagnie « Souffler n’est pas jouer »

Mesdames et Messieurs, nous espérons que ce WE consacré à la Résistance vous apportera au travers de ce travail de mémoire autant de connaissances que possible de ce que furent ces moments uniques et surtout qu’elles vous encouragent dans la nécessité de l’engagement citoyen, pour le progrès humain les libertés et la démocratie.

Je remercie toutes celles et tous ceux, et particulièrement les membres de l’Anacr et de la municipalité, qui par leur travail ont permis ce moment.
Je vous remercie de votre attention.

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