Nombreux et émus, autour de Lucienne Fabre-Sébart pour la dernière fois…

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Beaucoup de monde au cimetière de Nogent-sur-Oise, ce lundi 16 avril 2018, pour les obsèques de Lucienne Fabre-Sébart où de très nombreux porte-drapeaux entouraient le cercueil recouvert du drapeau tricolore.

Une adjointe du maire de Nogent-sur-Oise a d’abord pris la parole puisque Lucienne Fabre-Sébart est née à Nogent-sur-Oise et y a vécu longtemps après la guerre.

Puis ce fut au tour de Thierry Aury, représentant le Parti communiste, d’évoquer Lucienne,  communiste dès le Front populaire, fidèle toujours et toujours libre. Thierry Aury a conclu par cette très belle citation de Jean Paulhan:

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Alain Blanchard a ensuite retracé le parcours de Résistante de Lucienne Fabre-Sébart, parcours qu’elle n’a jamais abandonné : car témoigner était important pour elle autant pour porter les valeurs de la Résistance que pour maintenir la mémoire des sacrifices consentis par « ses camarades ».

Une de ses petites-filles a ensuite évoqué avec  beaucoup d’émotion Mamé, la grand-mère que fut aussi Lucienne.

La compagnie Souffler n’est pas jouer, qui a tant travaillé avec Lucienne pour construire avec d’autres Résistantes de Picardie l’exposition et le spectacle Les femmes aussi (joué la veille à Saint-Maximin) a chanté Le chant des partisans et le premier couplet de La Marseillaise.

Voici l’hommage à Lucienne Fabre Sébart prononcé par Alain Blanchard, président de l’ANACR-Oise, le 16 Avril 2018, au Cimetière de Nogent-sur-Oise :

 Mesdames et messieurs,

Je voudrais vous dire tout d’abord, combien les membres de notre association l’ANACR, nous sommes tristes et frappés par la disparition de notre camarade Lucienne Fabre-Sébart.

Cette tristesse, sincère et profonde nous voulons la partager avec ses enfants, nos amies ; Claire, Renée, Hélène et Claudie, ses petits et arrières petits enfants, ses proches, tous les siens, que nous saluons fraternellement.

Car si Lucienne Fabre est cette grande dame de la Résistance, elle fut l’épouse de Raymond, trop tôt disparu, elle est mère frappée durement, avec les siens par la perte d’un fils, grand mère, arrière grand mère, la doyenne d’une belle famille, une amie et camarade, une personne reconnue pour ses valeurs et ses mérites, ses sentiments, ses qualités humaines, son courage, et cette inlassable volonté de transmettre et de partager.

Une grande dame de la Résistance ; c’est ce qui est acté par le certificat délivré par Marcel COENE, Maire de Montataire, en 1950, au nom des Forces Française de L‘Intérieur (FFI) que je cite:

« Lucienne FABRE née SEBART, a participé activement à organiser la Résistance dans notre département à nos cotés,  sous la direction de Mr Marcel DENEUX mort en déportation et de Mr Edmond LEVEILLE assassiné à Amiens.

Très jeune à cette époque elle servi dans des missions très périlleuses servant de liaison entre les divers groupes organisés, a transporté des armes et organisé la solidarité pour venir en aide aux familles éprouvées par la répression. Jeune patriote courageuse elle fut la première jeune fille à participer à la Résistance ouverte dans notre département dés 1940. »

C’est aussi l’insigne de chevalier de la légion d’honneur, au titre des anciens résistants particulièrement valeureux, qui te fut remise dans ta commune d’Angicourt, des mains de Mr le préfet de l’Oise, le 27 mai dernier, jour que tu avais choisi car journée nationale de la Résistance.

Cette médaille qui venait compléter, celles d’Engagé volontaire de la guerre 39-45, de la Croix du combattant volontaire, celle de l’office Républicain des Mérites Civiques et Militaires, celle de ton association l’Anacr « Résistance et fidélités » et le diplôme d’honneur des combattants de l’Armée Française*.

Tu évoques parmi tes premiers souvenirs marquants, la jeune fille ouvrière, de quinze ans, dont le front populaire changea la vie dure, comme celle de nombre de Français alors, en vie plus douce, plus joyeuse. Mais aussi la Guerre d’Espagne qui commence, les nuages noirs de la guerre civile, le terrain des premiers ravages du fascisme qui s’installe alors, par la voie des élections, en Allemagne, en Italie et ailleurs dans le monde.

Tu avais à peine vingt ans, sous les prémices d’une guerre mondiale, alors que commencent les premières privations des libertés, les premières arrestations et condamnations, dès 1939 et début 1940, l’interdiction du parti communiste français, dont celui qui allait devenir ton époux Raymond FABRE, était l’un des membres.

L’invasion de la France par les troupes nazies, l’horreur de l’exode avec tes parents et tes frères, qui vous conduisent jusque dans les Basses Pyrénées, où vous parviennent les nouvelles de la France coupée en deux, de la collaboration du Maréchal Pétain et de ses gouvernements.

Evoquons tes parents ; un père et une mère, tailleurs d’habits, mais porteurs de valeurs et du sens de l’engagement. Une maman courageuse et ses cinq enfants,

Puis c’est le retour à Nogent sur Oise au domicile familial où dans la boite aux lettres, en septembre 1940, tu découvres les premiers tracts clandestins.

Comme beaucoup de tes camarades d’alors tu dis ; « il faut absolument que je fasse quelque chose » et rencontrant Marcel DENEUX militant communiste de Nogent-sur-Oise, tu déclares alors : « j’ai choisi. » La Résistance sut dès lors, qu’elle pouvait compter sur toi, devenue ainsi une Résistante.

Résistante volontaire, au sein des francs-tireurs et partisans français (FTPF) organisation de Résistance créée par le parti communiste français, puis au sein des Forces françaises de l’intérieur (FFI). Résistante dans l’Oise, mais aussi le Calvados, l’Eure-et-Loir, la Somme et à Paris.

Une « épopée glorieuse » à qui, vous le savez tous et toutes, nous devons en grande partie, notre France et nos libertés, mais aussi cinq années où, rappelais-tu sans cesse, « disparurent une montagne d’êtres humains de toutes origines et de toutes opinions. »

Tu n’oublieras jamais : « on y revient toujours » disais-tu.

Cette grande histoire où ta vie fut bien trop souvent en péril, où tu vois tes camarades arrêtés, déportés, torturés, fusillés, c’est celle du courage et des actes multiples dans la clandestinité, où tu empruntes selon, les prénoms de Paule, Laurette, Michèle, Jeanine, où la peur et la volonté se mêlent, où le respect absolu des règles vaut la sécurité et la solidarité avec tes camarades résistantes et résistants, où dans d’incroyables circonstances, on échappe au pire.

Mais tu ne manquais jamais de rappeler la fraternité « les relations affectueuses et humaines » avec tes camarades, la peine immense lors de la  disparition et le sacrifice de trop nombreux d’entre eux, mais aussi la place prise par les femmes dans le mouvement de la Résistance, les manifestations et luttes sociales si durement réprimées, dont on oublie trop souvent la poursuite sous la guerre et l’occupation.

On ne peut tout dire de tes nombreux actes de Résistante ; du transport d’armes à vélo, (y compris à l’intention du colonel FABIEN) à la distribution de tracts et journaux, de la volonté de convaincre à la lutte contre l’ennemi, à la part active prise pour donner vie aux réseaux de résistants. Cette chaine humaine faite de multiples actions qui peuvent sembler limitées, mais qui furent décisives et sous la menace d’indicibles souffrances et du sacrifice de la vie.

Puis ce fut, la libération, les moments de bonheur que tu partages, mais aussi de tristesse qu’elle engendre. Le retour des déportés. Les années de reconstruction, de la mise en œuvre, dans une France dévastée, du programme du Conseil National de la résistance dont nous célébrons -au moment où tu nous quittes- le 75ème anniversaire de la création, le progrès social qu’il permet alors.

Citons d’autres noms de Résistants, qui accompagnèrent ton combat, comme Maurice GENEST, Maria RABATE ou Eugénie GERMAIN.

Ce sont alors tes multiples engagements, celui au sein de notre association que tu rejoins dès sa création au lendemain de la guerre et dont tu es aujourd’hui présidente d’honneur dans l’Oise. Ton engagement pour les droits de la femme en particulier au sein de l’Union des femmes françaises, mais aussi auprès du Secours populaire.

Une rue porte désormais ton nom à Monchy-St-Eloi, reliée à la rue Eugène CAUCHOIS. Et tu t’es battue pour qu’on donne le nom de Roland VACHETTE, à une rue, ici à Nogent. Les noms de camarades de Résistance comme tu veux toujours le rappeler et qui ont été assassinés par la barbarie nazie. Une classe du collège des Bourgogne à Chantilly porte aussi désormais ton nom.

Car il faut aussi parler de ta persévérance pour défendre et promouvoir, les valeurs de la Résistance, participer auprès des jeunes générations en particuliers dans les établissements scolaires à l’indispensable et si beau travail de mémoire.

Te rendre hommage c’est aussi évoquer,  ta vie de jeune mère de famille, auprès de Raymond militant communiste depuis 1929, qui dés le début 1940 fut interné administratif dans divers camps Vichystes, puis à la prison D’Eysses, où il souffrit durant cinq années, avant de s’évader le 6 Juin 1944, avec l’aide des Résistants du département des Alpes Maritimes.

Ta fidélité au parti communiste, vient d’être évoquée par Thierry Aury. Ne disais-tu pas, il y a peu « si elle gagne je meurs » à propos de l’extrême droite.

Pour conclure il faut te citer : « A vingt ans dis tu on rêve, même en pleine guerre, mais ce bruit des bottes me ramenait à la réalité, adieu les rêves !  C’était la vie au jour le jour, l’incertitude du lendemain et petit à petit on devient dur, la guerre c’est la laideur même, la haine appelle la haine et cela n’en finit plus puisque toute la vie on y pense »

Alors chère Lucienne Merci, merci du fond du cœur pour tout, merci d’avoir tant transmis ces belles valeurs de la Résistance, de ta Résistance. Merci au nom de tous ces jeunes gens, des écoles, collèges et lycées et au delà, auxquels tu as donné le sens des valeurs républicaines et citoyennes, le sens de l’engagement.

Et tu peux croire que dans ce monde incertain et violent, dont les menaces et périls sont aussi la réalité, ton combat, celui de la Résistance, nous inspire et nous donne de la force.

Merci Madame Lucienne Fabre Sébart vous étiez une belle personne, reconnue et estimée, une de celles que l’on s’honore d’avoir eu la chance de connaitre, d’avoir croisée ou rencontrée.  Nous ne vous oublierons pas et rappellerons sans cesse les valeurs et l’exemple que vous nous avez légué.

Alain Blanchard

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