Figure de la Résistance, Cécile Rol-Tanguy nous a quitté aujourd’hui…

 

L’ANACR-Oise partage avec tous les Résistants, tous les amis de la Résistance, tous ceux que cette période de notre Histoire fait réfléchir, une grande tristesse ; elle veut, en présentant ses condoléances à la famille de Cécile Rol-Tanguy, lui exprimer aussi son immense respect.

Rappeler la vie et l’engagement de Cécile Rol-Tanguy est certainement le meilleur hommage que nous pouvons lui rendre. Voici la biographie que lui consacre le Maitron avec, en début, un résumé qui est ,dans sa concision, la marque du Maitron. Une vie ne peut se réduire à deux dates et quelques mots clés… Mais ces trois mots, sténo-dactylo, communiste, Résistante, dessinent bien la trame de sa vie avec les mots courage et famille…  

rol-tanguy_cecile

Née le 10 avril 1919 à Royan (Charente-Maritime), morte le 8 mai 2020 à Monteaux (Loir-et-Cher) ; sténo-dactylo ; militante communiste ; résistante.

Fille de Germaine et François Le Bihan ouvrier électricien qui mourra en déportation, née à Royan, Cécile Le Bihan passa son enfance au Vésinet (Seine-et-Oise), puis à Paris à partir de 1933. Son père, ouvrier électricien, était syndicaliste et militant communiste. Titulaire du Brevet élémentaire, Cécile suivit le cours Pigier de sténodactylo et fut embauchée en novembre 1936 au Syndicat des métaux CGT de la région parisienne, où elle rencontra Henri Tanguy. Elle grandit avec le militantisme paternel, le domicile familial hébergeant des dirigeants communistes étrangers en transit, mais son propre engagement fut très lié aux luttes sociales et antifascistes des années 1930. Elle adhéra en 1936 à l’Union des jeunes filles de France, puis, en 1938, au Parti communiste. Elle devint la marraine de guerre d’Henri Tanguy, avec qui elle se maria le 15 avril 1939.

Comme pour nombre de militants, par-delà le pacte germano-soviétique et le tournant stratégique du PC à l’automne 1939, l’antifascisme demeura sa motivation profonde et la répression anticommuniste – son père fut arrêté le 15 avril 1940 – conforta sa conviction que la guerre était d’abord menée contre la classe ouvrière. L’hiver 1939-1940, Henri Tanguy mobilisé, Cécile Tanguy ne conserva que de rares contacts militants. Celui de Marcelle Gautier, femme du trésorier du Syndicat des Métaux clandestin depuis que sa direction avait refusé de désavouer le pacte germano-soviétique, s’avéra essentiel : grâce à cette liaison, Henri Tanguy démobilisé reprit contact dès le 19 août avec Gautier, puis fut prévenu le 5 octobre de l’arrestation de celui-ci et entra immédiatement en clandestinité. De l’automne 1940 au printemps 1941, Cécile Tanguy frappa des stencils et assura des liaisons pour les comités populaires des métallos, dont Henri fut l’un des responsables.

A partir de juillet 1941, Cécile Tanguy, successivement Jeanne, Yvette, Lucie, joua un rôle essentiel auprès d’Henri quand celui-ci devint responsable, militaire ou politique, de directions interrégionales des premiers groupes armés, puis des FTP. Secrétaire, elle frappa tracts, directives, rapports à la direction nationale FTP, voire journaux (le Franc-tireur parisien). Agent de liaison, elle assura de 1941 à 1943 le contact avec Marcel Paul*, puis avec les membres des triangles de direction à Paris : Raymond Losserand* et Gaston Carré*, puis Roger Linet* et Raymond Colin*, enfin Joseph Epstein* et Edouard Vallerand* ; avec des responsables FTP dépendant de la direction interrégionale : en Anjou Maurice Lacazette* et Marcel Hamon*, à Paris Boris Holban* ou Boris Milev, de la MOI ; avec la direction nationale FTP, Eugène Hénaff*, Georges Vallet*, René Camphin*, Georges Tessier*, Albert Ouzoulias*, Pierre Le Queinnec*, d’autres. Parfois directe, la liaison s’effectuait souvent par l’intermédiaire des agents des militants contactés, Émilienne Gallicier*, Fernande Linet*, Carmen Gérard, Andrée Grenet, Germaine Hénaff* et sa sœur Simone Gauthier, Jeannine Jugeau, Régine Lacazette*, France Lepage, Angèle Mercier, Cécile Ouzoulias, Cécile Rinaldi, Paulette Berger, Suzanne Vallerand, toutes jeunes femmes communistes sans qui les directions n’auraient pu fonctionner. Il arriva aussi à Cécile Tanguy de transporter tracts et journaux clandestins, armes et explosifs, parfois dans le landau de leur fille Hélène, née le 28 mai 1941. Car le couple préserva un espace de vie familiale, en dépit des nombreux déplacements et de fréquentes séparations de domicile. Il cohabita cependant à Quinçay près de Poitiers à l’automne 1942, puis à Antony après le retour à Paris en mars 1943. Leur fils Jean, naquit à Antony le 13 novembre 1943.

Lorsque Henri Tanguy fut versé aux FFI (automne 1943) puis devint en juin 1944, sous le nom de colonel Rol, chef régional des FFI d’Ile-de-France, Cécile continua à remplir sa double fonction. Elle frappa les ordres du chef régional et assura ses liaisons avec le général Malleret-Joinville, chef d’état-major national des FFI, les colonels Avia et Villate, de l’état-major régional, les états-majors départementaux FFI, la direction nationale FTP, plus rarement Pierre Villon*, représentant Front national au COMAC, ou André Tollet*, président du CPL. Pendant l’insurrection parisienne, Cécile Tanguy vécut dans le PC souterrain de Denfert-Rochereau, comme l’équipe de dactylos de l’État-major. Le 28 août 1944, elle était la seule femme invitée à la réception du général de Gaulle au Ministère de la Guerre.

Au lendemain de la Libération, alors qu’Henri Tanguy, désormais Rol-Tanguy – le patronyme sera officialisé en 1970 – rejoignait le général Koenig au Gouvernement militaire de Paris et commençait une carrière militaire, Cécile fut notamment chargée d’organiser le service social de l’état-major régional FFI, créé en octobre 1944, et qui fut intégré dans l’armée régulière en mars 1945. Dès lors, et jusqu’à la mise à la retraite d’office d’Henri en mai 1962, Cécile Rol-Tanguy resta au foyer, s’occupant en toute priorité des enfants. La famille s’agrandit avec les naissances de Claire (2 octobre 1946) et de Francis (18 juillet 1953).

Adhérente du Parti communiste, elle fut membre de l’Union des femmes françaises (UFF). Engagée depuis fort longtemps pour la mémoire des antifascistes et des résistants, Cécile Rol-Tanguy est très souvent intervenue en divers lieux depuis le décès d’Henri le 8 septembre 2002. Médaillée de la Résistance en septembre 1945, homologuée lieutenant FFI en janvier 1946, chevalier de la Légion d’honneur en avril 1984, elle était promue officier de la Légion d’honneur par le président Jacques Chirac en janvier 2003.

Cecile_Rol-Tanguy_en_2015

 

 

 

 

Lors de la présentation du Dictionnaire des fusillés, le 7 mai 2015 à l’auditorium de l’Hôtel-de-Ville de Paris.

Cliché Alain Bouyssy

 

Sources : https://maitron.fr/spip.php?article172912, notice ROL-TANGUY Cécile, née LE BIHAN par Roger Bourderon, version mise en ligne le 9 mai 2015, dernière modification le 8 mai 2020.

*Les biographies des personnes dont les noms sont suivis d’un astérisque sont documentés dans le Maitron en ligne.

 

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s