Ce lundi 8 mai 2023, à Tracy-le-Mont, commune au nord-est de l’Oise, à égale distance de Noyon et Compiègne, a eu lieu une belle cérémonie en hommage à André Dumontois. Une stèle rendant hommage à son courage et son engagement avait été installée à Tracy-le-Mont en 1996 ; un espace André Dumontois avait été créé ensuite ; l’ensemble a été restauré à l’initiative du comité ANACR de Noyon et de l’Est de l’Oise. Et c’est cette stèle et cet espace dédié à André Dumontois, un enfant de Tracy-le-Mont, qui ont été dévoilés solennellement au cours d’une cérémonie voulue par la maire de Tracy-le-Mont.
Hélène Boulanger, présidente de l’ANACR-Oise a rendu hommage au comité Noyon et Est de l’Oise qui a réalisé cette restauration, à André Dumontois dont elle a rappelé la vie, arrêtée tragiquement à 42 ans, et au-delà de cet exemple glorieux, à tous les Résistants, qui partout en France, ont mené le même combat qu’ André Dumontois.
Restauration de la stèleinauguration de la stèle restauarée : au milieu Jean Dumontois avec le manteau noir, fils d’André DumontoisChristian Alizard (ANACR et comité Noyon et Est Oise), responsable avec Madame la Maire de cet évènement Dévoilement de la plaque « Espace André Dumontois » : Madame la maire et Jean Dumontois, 79 ans, dernier enfant d’André DumontoisL’espace André Dumontois rénovéPrise de parole d’Hélène Boulanger, présidente de l’ANACR-Oise. Lui tenant le micro : M. Quilfen (adhérent de l’ANACR Noyon et Est Oise). Jocelyne Dumontois est le 2ème porte-drapeauHélène Boulanger, a déposé le coussin de fleurs ANACR-Oise avec trois petites filles d’André Dumontois, filles de René DumontoisLa stèle fleurieLes fleurs orange ont été déposées par le comité de Noyon et Est OiseMadame la Maire et Hélène Boulanger
A Lamorlaye, la commémoration du 8 mai 1945, a réunie de nombreux citoyens et des élèves des écoles et du collège qui y ont participé avec des chants (La Marseillaise, Le Chant des Partisans et Le Chant des Marais) pour les écoliers et la lecture du poème de Robert Desnos « Sol de Compiègne » par deux collégiens.
Il y a eu trois allocutions:
celle de Monsieur Nicolas Moula, maire de Lamorlaye, qui a lu le message de Monsieur Sébastien LECORNU, ministre des Armées et de Madame Patricia MIRALLES, secrétaire d’Etat aux Anciens Combattants et à la Mémoire. A lire ICI
celle de Monsieur Jacques Pin, président de l’UMRAC (Union des Mutilés Réformés et Anciens Combattants) de Lamorlaye
Le 8 mai prochain, l’ANACR-Oise sera présente un peu partout pour les cérémonies de commémoration de la fin de la Seconde Guerre mondiale en Europe. Comme d’habitude et avec, selon les cas, nos porte-drapeaux, des interventions, des fleurs ou simplement être là, avec l’idée d’honorer et de témoigner.
Mais il y aura parmi toutes les commémorations, deux qui seront particulièrement importantes :
l’une à Saint-Maximin honore le travail de Jean-Pierre Besse, son travail d’historien mais aussi son engagement à l’ANACR et la création de l’association Résistance60 (aujourd’hui reprise en charge par d’autres historiens avec le site résitance60.fr )
L’autre à Tracy-le-Mont honore l’engagement et le courage d’un grand Résistant, André Dumontois, en inaugurant la restauration d’une stèle rappelant son sacrifice et le dévoilement de la plaque « Espace Dumontois ». La restauration de la stèle a été une initiative du comité ANACR de Noyon et elle a été prise en charge par celui-ci.
A lire également la présentation qu’en propose le site resistance60 héritier et continuateur du travail de Jean-Pierre Besse.
Jean-Pierre Besse est décédé en 2012 et l’ANACR-Oise a publié deux plaquettes pour honorer sa mémoire :
le N°18- Émile Hérisson ® & Raymond Zerline ® : Hommage à Jean-Pierre Besse – publié en novembre 2012
le N°27- Collectif : Jean-Pierre, Toujours parmi nous – publié en décembre 2017
Et Jean-Pierre Besse a décrit le parcours héroïque d’André Dumontois dans le CDROM sur la Résistance dans l’Oise publié en 2003 (fiche 8001) et accessible sur le site Résistance60.fr. Un article est aussi consacré à André Dumontois dans le Maitron dont nous extrayons ceci :
dans le cimetière de Noyon – maitron.fr
« Il reçut à titre posthume la Légion d’honneur, le titre de commandant FTP et celui de lieutenant du réseau Jean-Marie. André Dumontois fut reconnu « Mort pour la France » (AC 21 P 176830) à titre militaire. Une stèle commémorative a été érigée à Tracy-le-Mont, dans l’espace André-Dumontois. Un monument a été élevé à l’entrée du cimetière de Noyon. « Sa famille , la ville de Noyon, le Comité A.N.A.C.R. ont érigé cette stèle à la mémoire du Capitaine André DUMONTOIS Résistant Mort héroïquement pour la France à Paris le 6 Juillet 1943 1902-1943 – Et voici l’océan de notre immense peine ». »
Le monument a été érigé par sa famille, la ville de Noyon et le comité ANACR ; « Et voici l’océan de notre immense peine » est une citation de La Prière de Charles Péguy en pèlerinage à Chartres « Étoile de la mer, nous naviguons vers Votre cathédrale »:
« Étoile du matin, inaccessible Reine, Voici que nous marchons vers Votre illustre cour, Et voici le plateau de notre pauvre amour, Et voici l’océan de notre immense peine.
avant la restaurationaprès la restauration
Une stèle a aussi été installée à Tracy -le Mont en 1996, et c’est elle qui a été restaurée à l’initiative du comité ANACR de Noyon er de l’est de l’Oise.
Jane et Raymond Hermann appartiennent au Front national et organisent, sous la direction d’André Dumontois, les premiers groupes armés devenus le détachement FTP Kellerman, dans la région de Thourotte. Ce groupe réalise les premières actions contre les troupes d’Occupation (sabotage à Baboeuf et Pimprez).
Fiche 7929 du CDROM La Résistance dans l’Oise – JP Besse
Le détachement Kellermann naît du groupe de Résistance constitué, à partir de l’automne 1940, dans la région de Noyon par André Dumontois, alias « Lucien ». Ce dernier en reste le responsable jusqu’à son arrestation à Paris en juillet 1943, date à laquelle le détachement disparaît. Après les arrestations du 5 octobre 1941, Dumontois part quelque temps dans la Somme, puis reprend contact avec Armand Duvivier et Edmond Léveillé. A partir de 1942, le détachement Kellermann dépend en théorie du Front national, dirigé à Thourotte par le couple Hermann chez qui Pierre Auzi rencontre André Dumontois.
Le détachement Kellermann a à son actif un certain nombre d’actions :
destruction des deux pylônes à haute tension au lieu-dit les « Fonds Gamets » à Beaulieu-les-Fontaines, dans la nuit du 1er au 2 juin 1943 ;
sabotage de la ligne téléphonique à Bichoire, commune de Guiscard, dans la nuit du 2 au 3 juillet 1943, un câble contenant quatre-vingt-quatorze fils et utilisé par l’armée allemande est sectionné le long du CD 128 ;
action contre l’aqueduc de Montmacq le 30 avril 1943 ;
démolition de l’observatoire du plateau d’Attiche entre Ribécourt et Cannectancourt ;
et surtout le déraillement de Pimprez dans la nuit du 23 au 24 février 1943, à 1h15, au point kilométrique 98 700 à un kilomètre au nord-est de la gare de Ribécourt, un train de permissionnaires allemands déraille. Il y a vingt huit morts selon les résistants, six tués et vingt-trois blessés selon les rapports officiels ;
et celui de Baboeuf, dans la nuit du 8 au 9 mai 1943, le train de voyageurs D23, Paris-Berlin, déraille au point kilométrique 111 250 à Béhéricourt. Il y a plusieurs blessés (deux à quatre selon les sources).
Ce groupe travaille en relation étroite avec le réseau Jean-Marie Buckmaster. André Dumontois appartient aux deux organisations et André Pons a confirmé la présence d’hommes appartenant à ces deux organisations à Pimprez, Baboeuf et au parachutage de Champlieu. Des armes sont d’ailleurs destinées au groupe de Dumontois qui les a fait transporter le 20 juin 1943.
Fiche 8317 du CDROM La Résistance dans l’Oise – JP Besse
André Pons est né en 1923 à Compiègne où ses parents sont boulangers. Il fréquente l’école nationale professionnelle de Saint-Etienne en 1939-1940, puis rentre à Compiègne après la défaite. Il est contacté, en avril 1943, par Marcel Ptchelinseff pour le réseau Jean-Marie et recrute des équipes pour le parachutage, le renseignement et le sabotage.
André Pons, alias « Ken », est en contact avec les FTP du détachement Kellermann dont le chef, André Dumontois, est aussi membre du réseau Jean-Marie. Il collabore aussi avec le mouvement Résistance. Il crée le groupe Bleuets dont les membres participent au parachutage de Champlieu, dans la nuit du 14 au 15 juin 1943.
En juillet 1943, le réseau Jean-Marie est démantelé sur l’Oise. André Pons, qui est alors en mission à Paris, échappe à l’arrestation, mais son frère (Robert, né le 30 mai 1921 à Meaux) et son père (Régis, né le 20 avril 1896 en Haute-Loire) sont arrêtés. Son père est relâché quelques jours plus tard, son frère en janvier 1944. André Pons est par la suite envoyé dans le centre de la France comme agent de renseignement du réseau Jean-Marie. Il est en particulier chargé de rechercher des terrains de parachutage.
A la Libération, revenu dans l’Oise, André Pons s’engage. Il quitte l’armée en septembre 1945.
Fiche 7950 du CDROM La Résistance dans l’Oise – JP Besse
L’ANACR-Oise s’associe à l’hommage aux héros et victimes de la déportation publié dans son numéro d’avril par « Le Patriote résistant », journal de la Fédération Nationale des Déportés et Internés, Résistants et Patriotes (FNDIRP) :
« Le nombre de déportés de France dans les camps de concentration ou d’extermination nazis au cours de la Seconde Guerre mondiale est estimé à plus de 150 000 personnes, dont des victimes de mesures de répression (principalement des politiques et des résistants) et des mesures de persécution (près de 75 000 juifs et tziganes). Au total, plus de 100 000 déportés partis de France disparaissent. Avec la libération des camps, puis le retour des premiers survivants, le monde entier mesure l’ampleur de la Déportation et de son horreur.
Dès le début des années 1950, les anciens déportés et les familles de disparus expriment le souhait de voir inscrire, dans le calendrier des commémorations nationales, une date réservée au souvenir de la Déportation. C’est ainsi que la loi du 14 avril 1954 consacre le dernier dimanche d’avril au souvenir des victimes et des héros de la Déportation. Cette date est retenue en raison de la proximité avec l’anniversaire de la Libération de la plupart des camps, sans se confondre avec aucune fête ou célébration, nationale ou religieuse, existante. » (www.defense.gouv.fr)
Voir aussi sur le site de Chemins de mémoire un rappel historique et le texte de la loi de 1954: cliquer ICI
Raymond Zerline, ancien -très jeune- Résistant (il avait 14 ans le 11 novembre 1940 quand il a participé à sa première action) a été président de notre association de 1985 à 2017 continue à participer au travail de mémoire et à aider les participants au Concours National de la Résistance et de la Déportation (CNRD) dans les départements de Charente maritime et de Dordogne, région où il s’est installé après avoir quitté l’Oise.
Cette année, le thème du CNRD est : L’Ecole et la Résistance, des jours sombres au lendemain de la Libération
A partir de ses interventions dans le cadre du CNRD, il a rédigé pour un texte qu’il nous a envoyé et que nous vous présentons ici : il sera certainement utile à tous ceux qui travaillent pour le Concours :
Michel Le Drogo animera, avec un autre membre du Comité d’Entente des associations issues de la Résistance et la Déportation, la lecture du livre de Jacques Lusseyran le 3 mars. Michel a aussi été sollicité pour animer, le 4 mars, l’échange sur le film L’affiche rouge.
Encore le 3 mars en début d’après-midi, et toujours à Beauvais, le cinéma CGR organise une projection du film de Louis Malle Au revoir les enfants ; cette projection sera suivie d’un temps d’échanges avec les spectateurs. Le CGR est au16, rue Correus, à Beauvais.
Si vous souhaitez qu’une de ces animations autour du Concours National de la Résistance et de la Déportation se passe plus près de votre établissement, voire dans votre établissement, n’hésitez pas à nous le dire : nous transmettrons votre message au Comité d’Entente !
De tous les convois de la déportation partis de France, un seul emmena des femmes Résistantes vers Auschwitz :c’est le « convoi des 31 » : car pour les matricules des femmes de ce convoi (dont seules les femmes sont envoyées à Auschwitz) commencent par 31.
Parmi les prisonnières Charlotte Delbo (matricule 31661), Marie Paule Vaillant-Couturier (matricule 31685), Danielle Casanova (matricule 31655), Hélène Solomon-Langevin (matricule 31684) … et Charlotte Decocq (matricule 31756), la seule domiciliée dans l’Oise. Dans ce convoi « Nuit et Brouillard », 1446 hommes, 230 femmes, tous et toutes Résistants ; 230 femmes, dont 119 étaient communistes ou proches du PCF ; 230 femmes dont 49 sont rentrées.
Charlotte DelboMarie-Paule Vaillant-CouturierDanielle Casanova
« Le matin du 24 janvier 1943, il faisait un froid humide d'île de France, avec un ciel bas et des traînées de brume qui s'effilochaient aux arbres. C'était dimanche et il était tôt. En entrant dans la ville, nous avons vu quelques passants. Les uns promenaient leur chien, les autres se hâtaient. Peut-être allaient ils à la première messe. Ils regardaient à peine les camions dans lesquels nous étions debout. Nous chantions et nous criions pour les faire au moins tressaillir : "Nous sommes des Françaises. Des prisonnières politiques. Nous sommes déportées en Allemagne". »
Ainsi débute le livre de Charlotte Delbo Le convoi du 24 janvier paru en 1965 aux Éditions de Minuit.
Ce 24 janvier 1943, il y a 80 ans, Charlotte Dauriat, épouse Decocq est de celles qui chantent et crient dans un camion. Elle a 32 ans ; elle a 2 enfants ; elle est ouvrière chez Brissonneau à Montataire depuis ses 13 ans ; elle est mariée à un camarade de travail Georges, un des premiers responsables des groupes armés constitué par le PCF, d’où sortiront les FTP ; elle est arrêtée en octobre 1942, d’abord transférée au fort de Romainville puis la veille du départ à Royallieu.
Enregistrée sous le matricule 31756 à Birkenau, elle est connue pour sa bonne humeur et son entrain. Elle est transférée à Ravensbrück le 15 août 1944, de là à Mauthausen le 2 mars 1945. Elle a été tuée par un bombardement à Amstetten, à la gare de triage où les déportées étaient employées à déblayer les voies et combler les trous d’obus : le 21 mars 1945, à un mois de la Libération du camp ; en même temps qu’une autre déportée du même convoi, native de Pont-Sainte-Maxence : Olga Méru épouse Melun. Dans ce convoi dit des 31000, une autre native de l’Oise, Hélène Vervin, épouse Castera, née à Chiry-Ourscamp où une allée porte son nom.
Se souvenir d’elles et de leurs camarades de Résistance c’est rendre hommage à leur courage. C’est aussi saluer toutes les femmes qui se lèvent encore aujourd’hui pour combattre l’arbitraire qui tente de les faire taire.
Le 27 janvier, journée de la mémoire des génocides et de la prévention des crimes contre l’humanité, une cérémonie se déroulera au Mémorial de Royallieu à Compiègne : l’ANACR-Oise a été invitée et sera représentée par Françoise Vincent.
Entre 1942 et 1944, 42 000 personnes ont été déportées depuis le camp de Royallieu. Le parcours qu’ils empruntaient à pied, jusqu’à la gare de Compiègne, est désormais symbolisé par 150 clous en bronze implantés dans le sol. L’ANACR-Oise était invitée à cette inauguration et Hélène Boulanger était présente. Avec les autres participants, elle a refait ce chemin, près de trois kilomètres, avec beaucoup d’émotion.
Nous venons d’apprendre que la Société d’histoire moderne et contemporaine de Compiègne organise une conférence ce samedi qui pourrait intéresser ceux qui « suivent » ce blog :
Samedi 21 janvier à 15h,
bibliothèque municipale Saint-Corneille, salle Le Chatelier
Paroles de Résistants et de déportés d’après des interviews filmées inédites par Marc Tavernier, documentaliste
Il n’est pas nécessaire de s’inscrire.
Marc Tavernier a réalisé, en 2009, un film sur le camp de Royallieu et il a ensuite enregistré les témoignages des Résistants et Déportés venant au Mémorial ! Au cours de cette conférence, il présentera certains de ces films.
Un travail de mémoire au long cours, d’autant plus précieux qu’aujourd’hui, ces témoins (on devrait dire « ses témoins ») sont disparus…
Un travail de mémoire au long cours, d’autant plus précieux qu’aujourd’hui, tous ses témoins sont disparus…
A l’occasion de son 2ème anniversaire, l’association Sunbula vous invite à partager un moment solidaire et culturel intitulé « Balade en Palestine » pour « découvrir la Palestine par la porte culturelle » et « vivre et transmettre l’énergie du peuple palestinien ». Un double objectif entre culture et combat politique qui est partagé par l’ANACR-Oise (comme l’ANACR Nationale) qui soutient la cause palestinienne, pour le respect des accords signés et pour le respect de la vie du Peuple Palestinien.
Mais avant cette annonce, l’ANACR-Oise vous adresse ses meilleurs vœux pour cette année 2023, en espérant la cessation de tous les conflits, le retour de la Paix pour une vie apaisée.
Que cette année 2023, année du 80ème anniversaire de la création du Conseil National de la Résistance, soit une année riche en initiatives pour faire connaître l’histoire de la Résistance, le courage et la lucidité des Résistants qui se sont engagés, jeunes ou moins jeunes, ouvriers ou intellectuels, hommes ou femmes pour que vive une certaine idée de la France, Libre et Fraternelle.
Le premier exemple nous vient de Chantilly, avec un film proposé le 27 janvier : à 20h30 dans la salle Bouteiller sera présenté un documentaire réalisé par des jeunes cantiliens (âgés de plus de 17 ans jusque 25 ans) dans le cadre du « Défi Jeunes 2022 » organisé par la ville : accompagnés de réalisateurs professionnels, ils sont allés sur les pas de l’abbé Charpentier. Ce prêtre de Chantilly a été arrêté le 23 janvier 1944 au cours d’une rafle ; interné d’abord à la prison de Compiègne puis dans le camp de Royallieu, il a été déporté à Mauthausen près de Linz en Autriche par le convoi parti de Compiègne le 22 mars 1944 . Il est gazé le 7 août 1944 à Hartheim (un château, situé à 27 km à l’ouest de Linz, qui a été le centre d’extermination par gaz du camp de Mauthausen).
Voici un aperçu de la vie de l’abbé Charpentier d’après le livre de Xavier Leprêtre Même au péril de la Liberté, Senlis, Chantilly … 1940 – 1944.
En couverture, deux prêtres Résistants et morts en déportation : à droite, l’abbé d’Amyot-d’Inville (à Senlis) et à gauche, l’abbé Charpentier (à Chantilly)
Né en 1882, à Beauvais, Louis Charpentier devient 2ème vicaire à Clermont en 1907 ; pendant la Première Guerre mondiale, il est infirmier-brancardier et il est décoré de la Croix de Guerre ; en 1938 il est nommé curé-doyen de Chantilly où il fonde l’école Notre-Dame.
Il disait la messe dans une cave pour des réfugiés, des réfractaires du STO, des Résistants. Il était au courant de l’activité de l’abbé Amyot d’Inville (parachutage et sauvetage d’aviateurs anglais) ; il lisait en chaire les messages pontificaux et des textes des jésuites appelant à s’opposer au nazisme et au régime de Vichy au nom des valeurs chrétiennes (en novembre 1941, parait le premier numéro des Cahiers du Témoignage chrétien, fondé par prêtre le jésuite Pierre Chaillet, devenu par la suite Témoignage chrétien. Il était sous-titré « France, prends garde de perdre ton âme »,)
Le 25 juillet 1943, alors que le Service du travail Obligatoire vient d’être imposé par la loi du 16 février 1943,l’abbé Charpentier l prononce une homélie où il exprime le refus de la collaboration du « néo-paganisme » nazi. Cette homélie impressionne fortement les esprits : le texte circule sous le manteau dans Chantilly et est bien connu de l’Occupant.
Le dimanche 23 janvier 1944 de nombreux cantiliens (200 ?) sont arrêtés par les Allemands secondés par des policiers français. Ils seront tous relâchés dans la même journée sauf l’Abbé Charpentier, Paul Picot et Robert Cluzeau (le préparateur du pharmacien Hurbain, collaborateur notoire qui avait été abattu par la Résistance en janvier 1944 pour avoir donné une liste d’otages aux Allemands) et 22 autres personnes.
Ils seront internés à Compiègne (Royallieu ou Maison d’Arrêt) ; une partie reviendra à Chantilly le 10 février 1944 les autres étant tous regroupés à Royallieu. Très vite l’abbé Charpentier peut dire la messe ; à Royallieu il retrouve d’autres prêtres (l’abbé Amyot d’Inville qui sera déporté le 27 janvier à Buchenvald et mourra à Wieda le 29 janvier 1945 ; le père Jacques arrêté pour avoir caché des Juifs qui sera aussi déporté et mourra peu après sa libération de Mauthausen le 5 mai 1945).
L’ANACR Nationale nous rappelle l’anniversaire de la mort, le 27 décembre 1944, en Alsace, du Colonel Fabien et de plusieurs de ses plus proches compagnons.
« En cette année du 78ème anniversaire de ces tragiques événements, notre délégation, accompagnée de représentants d’associations et amicales amies, procèdera à un dépôt de gerbe sur le Monument et observera une minute de silence. La cérémonie sera brève, mais nous tenons à ce geste de fidélité, qui n’a jamais été interrompu.
Le rassemblement a été fixé le mardi 27 décembre 2022, à partir de 10 h 30 à l’entrée du Père Lachaise – rue des Rondeaux.
Tous se retrouveront au lieu de la cérémonie à 10 h 45 avec ceux qui s’y seront rendus directement. Le dépôt de gerbe aura donc lieu vers 11 h. Nous sollicitons de se faire représenter à notre invitation : les Anciens du 151ème R.l. (Rancourt-Verdun), l’A.F.M.D., |’A.C.E.R., la F.N.D.l.R.P., le Comité Parisien de Libération, les comités A.N.A.C.R. de l’lle-de-France et plusieurs personnalités particulièrement attachées au souvenir de nos camarades.
A l’issue de la cérémonie, les représentants de l’A.N.A.C.R. déposeront quelques fleurs sur la tombe de notre ancien Président National, Pierre Villon, située à quelques mètres. »
Le colonel Fabien, figure incontournable de la Résistance, est enterré dans la 97ème division du cimetière du Père-Lachaise en face du mur des fédérés : sur l’histoire de cette partie du célèbre cimetière nous vous recommandons l’article de Danielle Tartakowzky sur le site de la Fondation Gabriel Péri.
La biographie qui suit s’appuie sur l’article que le Maitron consacre à Pierre Georges, dit « Frédo », dit « Colonel Fabien ».*
Pierre Georges est né le 21 janvier 1919 à Paris ; son père, ouvrier boulanger, syndicaliste est devenu communiste dans les années trente et ses quatre enfants seront tous communistes et Résistants.
Communiste dès 11 ans !
En 1928, Pierre Georges fait partie de la Fédération des enfants ouvriers et paysans (pionniers communistes) de Villeneuve-Saint-Georges (Seine-et-Oise devenu Val-de-Marne). Après avoir obtenu le certificat d’études primaires, il devient apprenti boulanger ; en 1933, à l’âge de quatorze ans, il est à la tête d’un groupe de « benjamins » dans les Jeunesses communistes. Peu après, il quitte la boulangerie pour travailler comme poseur de rivets sur les chantiers de chemins de fer de Villeneuve-le-Roi, puis comme ajusteur aux Établissements Bréguet d’Aubervilliers.
La guerre d’Espagne (17 juillet 1936 au 1 avril 1939)
En novembre 1936, à Madrid, à 17 ans, Pierre Georges s’engage dans les Brigades internationales. Affecté à la Brigade « La Marseillaise », il était en février 1937 à Albacete et en octobre 1937 à Cuesta de la Reina avec le grade d’adjudant affecté à l’état-major de la 14e BI, chargé de la presse. Il suivit, vers janvier 1938, les cours de l’école d’officiers des Brigades internationales et fut un temps instructeur à l’école des sous-officiers de l’Escorial. Il participe aux opérations militaires à partir de juillet 1937, en particulier en Aragon au printemps 1938, lui valut d’être blessé à trois reprises, à la cuisse, au bras et au ventre.
En septembre 1939, avec sa femme Andrée
Retour en France et premiers pas dans la clandestinité
Revenu en France en août 1938, Pierre Georges cumule les responsabilités aux Jeunesses communistes jusqu’au comité national. Il retrouve son emploi aux établissements Bréguet puis travaille aux usines de la CAPRA (Compagnie anonyme de production et recherches aéronautiques). Il se marie en 1939 et a une fille en 1940.
Responsable de l’édition illégale de La Jeune garde, Pierre Georges, appréhendé le 2 décembre 1939, pour confection et distribution de tracts communistes, bénéficie d’un non-lieu le 6 mai 1940, mais est tout de même interné en région parisienne (au centre de séjour surveillé de Baillet puis à la compagnie spéciale des travailleurs de la Ferme Saint-Benoît). En juin 1940, il s’évade et passe à Marseille où, devenu « Frédo », il est responsable des Jeunesses communistes du Sud-Est.
De l’attentat du métro Barbès aux FTP, de « Frédo » au « Colonel Fabien »
Au début de l’année 1941, Pierre Georges revient à Paris pour entrer à la direction nationale des Jeunesses communistes. Quelques mois plus tard, le Parti communiste le charge d’organiser un groupe armé. « Frédo » abat un officier de la Kriegsmarine, le 21 août 1941, au métro Barbès : c’est le premier attentat meurtrier contre les troupes d’occupation. Vichy réagira en créant les « sections spéciales », tribunaux d’exception qui condamneront 4 communistes, 3 condamné à mort et exécutés le 28 aout et 1 aux travaux forcés à perpétuité (le journaliste Lucien Sampaix qui sera fusillé par les Allemands le 15 décembre) ; Hitler ordonne l’exécution de 100 otages et les Allemands publient le code des otages.
Ayant échappé de peu à l’arrestation le 8 mars 1942, Pierre Georges, devient le « Colonel Fabien » et un remarquable chef FTP d’abord dans les environs de Rochefort (Charente-Maritime) puis en Franche-Comté où, il est grièvement blessé à la tête le 25 octobre 1942. Le 30 novembre 1942, la police française l’arrête au métro République et le livre aux Allemands : interrogé et torturé, il est interné à Fresnes puis à Dijon et au fort de Romainville d’où il s’évade en mai 1943 pour organiser des maquis dans les Vosges, en Haute-Saône et dans le Centre-Nord.
La Libération de Paris, puis la poursuite du combat armé
Après avoir participé à la Libération de Paris, le Colonel Fabien rassemble un groupe de cinq cents hommes pour continuer la lutte contre l’armée allemande avec les forces françaises et alliées. Sa troupe devient un régiment rattaché à la division Patton et engagé dans la campagne d’Alsace pendant l’hiver 1944.
Le 27 décembre 1944, son poste de commandement situé à Habsheim, près de Mulhouse, saute, provoquant la mort du Colonel Fabien, d’un lieutenant-colonel, de deux capitaines, d’un lieutenant et d’un agent de liaison. Les conditions exactes de cet accident n’ont pas été totalement éclaircies : la version la plus couramment admise est celle donnée par Albert Ouzoulias de l’explosion d’une mine examinée par Fabien et ses cinq compagnons
Une station de métro et une place du XIXe arr. de Paris portent le nom du Colonel Fabien ; par extension, le siège du Parti communiste situé sur cette place est souvent appelé du même nom. Son père et son beau-père avaient été fusillés par les Allemands. Sa veuve, Andrée Georges, déportée de la Résistance à Ravensbrück et Mauthausen, restée une militante communiste, est décédée en 2006. Sa fille a publié en 2009 « Le colonel Fabien était mon père » (édition Mille et une nuits)
* https://maitron.fr/spip.php?article50415, notice GEORGES Pierre, dit Fredo, dit Colonel Fabien par Jean Maitron, Claude Pennetier, version mise en ligne le 31 mai 2009, dernière modification le 30 janvier 2022.